Oscar Wilde
(1854-1900)

Oscar Wilde
 
Haute-Claire, éphémère refuge
pour un poète blessé
Écrivain irlandais, génial et pédéraste, fils d'un célèbre oculiste et d'une mère poétesse, Wilde est connu pour son humour, son dandysme, son élégance extravagante et ses mœurs très libres.

Il fit de bonnes études au Trinity College de Dublin avant d'effectuer un brillant parcours universitaire à Oxford. Nourri de culture classique et féru d'esthétisme, il s'intéressa vivement aux artistes préraphaélites.

Influencé par la lecture de Walter Pater et de Ruskin, Wilde devint un adepte des théories de l'art pour l'art, de l'Art pur, qu'il allait appliquer à la littérature.

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Oscar Wilde étudiant au Trinity College
À la fin de ses études, Wilde s'établit confortablement à Londres où sa renommée de poète et de dandy le fit admettre dans la meilleure société, séduisant les dames par son élégance et les jeunes gens par son humour.

En fait, sa jeune notoriété ne devait rien encore à son talent littéraire, car à plus de trente ans, hormis Ravenne, exercice de style scolaire au thème imposé, il avait encore peu produit. Ce poème qui lui permit de remporter le prix de poésie Newdigate, de l'université d'Oxford, lui servit de rampe de lancement.

Ce fut à compte d'auteur qu'en 1881 il publia Poems, dont les qualités d'originalité stylistique lui valurent dans son cercle d'amis un renom dont Wilde sut profiter.

Il faut dire que ce jeune snob au physique charmant, aux tenues extravagantes et aux réparties vives et ironiques, maîtrisait à fond l'art de se faire valoir, faisant le bonheur des chroniqueurs et des caricaturistes.

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Oscar Wilde le dandy frimeur
Sa réputation grandit encore lorsque, au cours de la même année, la personnalité pittoresque de Wilde inspira aux auteurs de Patience, un opéra promis à un grand succès, l'un des principaux personnages.

L'œuvre devant être représentée aux États-Unis, le producteur proposa au poète d'accompagner la tournée et d'y donner une série de conférences sur « l'esthétisme britannique ».

Wilde accepta l'offre avec enthousiasme et arriva aux États-Unis en janvier 1882, précédé d'une réputation d'homme d'esprit.

Il s'empressa de confirmer cette réputation. En présence de la foule de journalistes et de curieux venue l'accueillir à sa descente du paquebot, Wilde répondit au douanier qui l'interrogeait sur le contenu de ses bagages, qu'il n'avait rien d'autre à déclarer que son génie !

La tournée obtint un succès tellement inattendu, qu'il obligea les organisateurs à la prolonger durant plus d'une année.

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Oscar Wilde en 1882
À son retour de États-Unis, Wilde se rendit à Paris, où il rencontra quelques jeunes écrivains débutants, notamment Gide et Proust dont l'intérêt et les préoccupations correspondaient aux siennes.

Encouragé il prit son envol, s'adonnant avec bonheur à des genres littéraires très divers, poésie, théâtre, journalisme surtout, car ses critiques et ses chroniques bien rémunérées allaient lui permettre de soutenir son train de vie fastueux.

De retour à Londres, pour faire taire les rumeurs qui filtraient sur son homosexualité, et sans doute aussi pour sa fortune, il épousa en 1884, Constance Mary Lloyd, fille d'un richissime conseiller de la reine Victoria. Deux fils, Cyril et Vyvyan naquirent de leur union.

Wilde vécut quelque années comme un nabab, rénovant à grand frais la demeure qui devait abriter le jeune couple, épuisant rapidement les 5000 livres d'avance sur héritage que le grand-père de Constance lui avait consenti.

Constance et Cyril
Constance et Cyril Wilde
Esthète jusque dans sa vie privée, de mauvaises langues ont prétendu qu'en 1886, Wilde devenu l'amant de Robert Ross, la vue de sa femme enceinte, lui fit prendre en horreur la vie conjugale. Et, malgré l'affectueuse prévenance de son épouse, il lui devint de plus en plus difficile de sauver les apparences.

Dans son admirable roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) il exposait l'essentiel de ses idéaux, de ses convictions et de ses préférences artistiques. Il y défendait la séparation de l'esthétique et de l'éthique, de la morale et de la beauté, de la sensualité et de la liberté.

Il affirmait : « L'artiste est le créateur de belles choses. […] il n'y a pas de livre moral ou immoral. Les livres sont bien ou mal écrits. Voilà tout. [...] Aucun artiste ne désire prouver quoi que ce soit. Même une vérité générale peut être prouvée. […] Tout art est plutôt inutile. »

À l'âge de 36 ans, en 1891, Oscar Wilde eut une relation amoureuse intense avec Alfred Bruce Douglas, fils du Marquis de Queensberry. Surnommé Bosie (adorable garçon), le jeune homme était de seize ans son cadet.

Wilde- Douglas
Oscar Wilde et Alfred Douglas
Cette liaison déplût à la noble et puissante famille de Bosie dont le père très machiste dénonça publiquement le scandale, traitant Wilde de sodomite. (C'est le marquis de Queensberry qui avait codifié les combats de boxe).

Au faîte de sa gloire, alors que sa pièce maîtresse L'important d'être constant triomphait à Londres, trop sûr de lui, Wilde eut le culot de poursuivre pour diffamation le père de son amant.

Au tribunal, « Wilde joue de son charme habituel, de son inégalable sens de la répartie, déclenchant l'hilarité du public, transformant par moment le tribunal en salle de théâtre » mais il finit par se faire piéger pour un simple bon mot, par l'habile avocat de la partie adverse.

À la fin de trois procès retentissants qu'il perdit et qui le ruinèrent, Oscar Wilde fut condamné à deux ans de travaux forcés pour «  immoralité grave ».

Il aurait pu aisément se sauver sur le continent, comme le lui conseillaient ses amis, notamment son amant Robert Baldwin Ross, mais Wilde adorait sa mère qui lui avait dit :« Si vous restez, et même si vous allez en prison, vous serez toujours mon fils […]. Mais si vous partez, je ne vous adresserais jamais plus la parole. » Les biens d'Oscar Wilde furent confisqués pour payer les frais de justice.

Constance Wilde
Constance Mary Wilde
Quant à Constance, elle souffrait en silence, restant toujours profondément attachée à son mari. Elle résista aux pressions de son entourage qui l'incitait au divorce. Bafouée mais fidèle, elle lui rendit visite en prison, lui écrivait des lettres aimantes.

Courageuse, elle tenta de préserver au mieux l'intérêt de ses enfants, espérant secrètement pouvoir retrouver une vie de famille normale après sa libération. Mais son vœu ne se réalise pas. Entraînée dans la ruine de son ménage, Constance se réfugia en Suisse avec ses deux enfants qui prirent le nom de Holland, avant d'être inscrits en Allemagne, dans un collège anglais.

Ruiné par ses différents procès, condamné à la banqueroute, Wilde écrivit en prison De Profundis, longue lettre pathétique adressée à son amant, dont le ton pessimiste fait un saisissant contraste avec la philosophie du plaisir qu'il avait hautement professée jadis.

Bosie
Alfred Douglas "Bosie"
Dès sa libération, en mai 1897, il quitta définitivement la Grande-Bretagne pour la France. Il fréquenta les milieux littéraires, notamment les Symbolistes, et ce fut à cette époque qu'il séjourna à Marlotte, chez Armand Point, au logis de Haute-Claire avec qui il partageait les idées sur le préraphaélisme, thème qu'il aimait développer dans ses conférences à l'étranger.

Il y rencontra Stéphane Mallarmé et Merrill qu'il admire et qui l'admirent.

C'est là, dit-on, qu'il mit le point final à son œuvre avec La Ballade de la geôle de Reading (1898), commémorant l'expérience éprouvante de la vie en prison. André Gide et Stuart Merrill, tentent vainement de l'arracher à la déchéance et à la misère, mais le ressort semble cassé.

Constance décède en 1888, sans avoir revu son mari.

Terrassé par une méningite à l'âge de quarante-six ans, Wilde mourut, misérable, dans une chambre d'hôtel de rue des Beaux-Arts à Paris, où il laissa une note impayée après deux ans d'occupation.

Sources : Maxime Laurac (1970) & Wikipédia (2012)

Wilde
Oscar Wilde

 
Aristide Marie


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