LES TARDIGRADES
(Tardigrada)

Voici sans doute une petite bestiole qui nous est venue de l'espace et qui survivra à la race humaine et à la plupart des êtres vivants lorsque notre bêtise aura rendu notre Terre inhabitable.

tardigrade

Découverts au XVIIe siècle, ces petits animaux surprenants ont été décrits pour la première fois en 1773 par le naturaliste Johann August Goeze (1731-1793) sous le nom de Kleiner Wasserbär (ourson d'eau) et leur appellation de Tardigrade (qui signifie marcheur lent) leur a été donnée en 1777 par le biologiste Lazzaro Spallanzani (1729-1799).

La capacité de résistance tout à fait exceptionnelle de ces minuscules animaux pluricellulaires n'a pas fini d'étonner et d'intriguer le monde scientifique.

Ne dépassant guère 2 mm, les tardigrades ont un corps segmenté en quatre parties protégé par une cuticule, doté de huit pattes terminées par des griffes.

On les retrouve sur tous les continents de la planète, parvenant à survivre dans des conditions extrêmes tels les sommets de l'Himalaya ou les sables brûlants du désert, au sein même des glaces polaires, dans les eaux profondes (jusqu'à 4000 mètres et davantage), voire dans les sources d'eaux brûlantes au voisinage des volcans sous marins.

tardigrade
 

Biologie

Voici résumé par Olivier Geoffroy sur son excellent site référencé en fin de page, l'autobiographie d'un Tardigrade.

«Les milieux très particuliers que j'habite et la manière dont je procède pour m'y adapter, expriment le mieux mes étonnantes capacités de survie.

Comme tout le groupe des tardigrades auquel j'appartiens, je vis activement de 18 à 20 mois.

Mais les milieux que j'occupe connaissant tour à tour des périodes très humides et des périodes très sèches, très chaudes ou très froides, ma durée de vie peut atteindre 60 ans en alternant "vie active" et "vie inactive".

C'est à travers ma peau (cuticule) que je respire l'oxygène dissout dans l'eau.

Si l'oxygène vient à manquer, je me gonfle d'eau, je m'immobilise, et j'entre en vie ralentie.

Si l'humidité qui m'entoure tend à disparaître, je ralentis mes mouvements jusqu'à les stopper totalement, je me contracte jusqu'à ressembler à un petit tonneau, je m'assèche, suspends ma vie, arrête mon métabolisme. Les savants qui s'intéressent à moi appellent cela entrer en cryptobiose.

C'est dans cet état dessésséché que je peux supporter les conditions de survie extrêmes qui ont fait ma célébrité:

Je supporte des amplitudes de température jusqu'à :

- 272°C pendant 26 heures

- 200°C pendant 20 mois

Je survis :

- 30 minutes à +360°C

- dans l'air liquéfié à 190 °C pendant 25 mois

- dans le vide spatial

Je peux subir sans désagrément :

- des pressions de 1000 atmosphères

Je peux m'immerger dans :

- l'alcool absolu (alcool à 100°)

- le sulfure d'hydrogène (H2S)

- l'anhydride carbonique (CO2)

J'adore :

Le rayonnement ionisant de la lumière ultraviolette insupportable pour d'autres espèces.
 

Le physicien Ian M. Kinchin (The Biology of Tardigrades) va jusqu'à supposer (en 1994) qu'un bombardement de rayons X ne me perturberait pas le moins du monde.

Toujours d'après Kinchin, mon hagiographe, si l'humidité revient, même après 100 ans, je peux me gorger d'eau, et reprendre ma vie active en moins d'une heure ou deux. En somme je suis comme le café, on peut me lyophiliser sans problème, et ressusciter ! Je parie que mon cas va donner des idées à Nestlé et à d'autres firmes prédatrices capables de breveter la nature ! A quand un plan de lyophilisation de l'être humain pour le transplanter dans les étoiles ?

Mais ce qui intrigue Messieurs les savants qui s'intéressent à ma personne, est le fait que je sois un animal suréquipé pour résister à tout, que je sois même suradapté.»

Tardigrade en coupe


Interrogations

(source Olivier Geoffroy)

Comme nous l'avons vu, le tardigrade est un animal suréquipé pour résister à tout, il est même suradapté.

Certains animaux sont connus pour vivre dans des milieux extrêmes, comme les riftias ou les bactéries thermophiles par exemple, qui vivent au proche voisinage des sources hydrothermales, sous des températures et des pressions énormes.

Les vers de glace quant à eux, peuvent résister à des froids extrêmes et une atmosphère très pauvre en oxygène. Ces animaux ne sont parvenus à s'adapter à ces milieux extrêmes que par un procédé évolutif très long et très sensible. Cette adaptation est si fine et si élaborée, que les organismes qui en bénéficient sont très sensibles aux variations même faibles de leur milieu. S'ils se sont adaptés efficacement aux conditions extrêmes de leur milieu ils ne le sont pas du tout aux conditions opposées..

Le froid, le chaud, le manque ou l'absence d'O2, la présence de CO2, le manque d'eau, de substances nutritives, la présence de substances toxiques, toutes ces conditions défavorables à la vie, ont engendré des organismes qui sont parvenus à s'adapter spécifiquement à ces dernières.

Cependant cette adaptation spécifique très efficace, parfaitement élaborée, ne permet pas aux organismes qui l'on développée, de supporter des conditions de vie différentes de celles de leur biotope respectif, du fait même de la spécificité de leur adaptation.

Cela rejoint le concept darwinien selon lequel les niches écologiques les plus développées et les mieux adaptées sont aussi les plus fragiles. L'adaptation spécifique est soumise aux éternels compromis de la vie. Très efficace dans un cas précis l'extrême chaleur par exemple, elle devient nulle dans le froid extrême. Les lois de l'Équilibre et du compromis jusqu'aux extrêmes, semblent être le fondement du dogme de la vie, qui associe à chaque avantage octroyé un inconvénient.

Le tardigrade quant à lui semble se soustraire de ces inévitables compromis. Les conditions extrêmes que nous avons évoquées précédemment paraissent très défavorables à la vie, mais aucune ne semble incompatible avec la survie du tardigrade.

Le tardigrade est capable de résister à des conditions que l'on ne rencontre même pas sur terre, où finalement elles semblent clémentes à l'échelle de celles que l'on rencontre ailleurs dans l'univers. La nature ne faisant jamais rien au hasard, on peut alors se demander à quoi lui sert d'être si résistant, puisque sur terre il est véritablement suréquipé.

Comment la sélection naturelle a-t-elle pu agir sur les caractéristiques du tardigrade pour lui permettre de conserver des attributs qu'elle n'a pas pu tester?

La sélection naturelle par son action sélective tend à conserver toutes les variations qui apparaissent utiles à l'animal, mais pour que son action soit efficace, faut-il encore que ces variations puissent être testées par les conditions d'un milieu et qu'elles présentent un avantage quelconque.

La tardigrade est résistant à des conditions que l'on ne peut pas rencontrer sur terre, donc soit la sélection naturelle, lui a fait conserver ces caractéristiques extrêmes sans pouvoir les sélectionner réellement, en supposant qu'une suradaptation ne puisse pas être défavorable à l'animal.

Soit la sélection naturelle n'a conserver que certaines de ses caractéristiques qui lui sont indispensables, et ces super-résistances n'auraient été conservées que par hasard.

On peut également penser que le tardigrade aurait subit une sélection naturelle ailleurs que sur terre où des conditions extrêmes auxquelles il est résistant se rencontrent.

Cette réalité a incités certains biologistes à avancer l'hypothèse selon laquelle la provenance du tardigrade pourrait être extérieure au globe terrestre.

tardigrade en  coupes
 

Hypothèses sur l'origine extra-terrestre du tardigrade

Capable de survivre aux conditions les plus extrêmes, le tardigrade possède toutes les aptitudes pour survivre à un voyage spatial même très long, agrippé à une météorite par exemple.

Il possède également les caractéristiques qui lui permettraient de ne pas succomber lors de l'atterrissage quelque peu brutal de la météorite sur la surface accidentée d'une planète inhospitalière.

«Supposons que la surface d'une planète soit percutée par un astéroïde, qui par le choc inhérent à son contact, fragmente cette surface en petits morceaux dont certains envoyés dans le cosmos se transforment à leur tour en météorite, ou bien par le biais de tout autre processus qui ferait devenir une partie de l'écorce de cette planète, une météorite.

Supposons aussi que cette partie de la couche superficielle qui est devenue une météorite, contienne également des tardigrades en cryptobiose. S'ils résistent aux contraintes mécaniques, physiques et thermiques subies lors de ce choc, il pourraient aisément résister au manque d'oxygène, au vide absolu et au froid de l'espace pendant une longue période.

Si ces tardigrades sont présents dans une couche qui n'est pas tout à fait superficielle, mais un peu plus en profondeur de la météorite, ils pourraient ainsi résister à la chaleur intense, et à l'altération de la couche superficielle du "véhicule spatial" qui découlent de son passage à grande vitesse dans l'atmosphère terrestre et aux frictions et frottements de l'air contre la météorite.

Il suffit ensuite que la météorite tombe dans une région favorable à sa résurrection, que l'érosion ou un autre phénomène physique altère suffisamment la surface de la météorite à l'endroit où il se trouvent, pour les libérer de leur prison minérale. Si les conditions sont suffisamment clémentes le tardigrade pourra surgir de sa longue léthargie et revenir miraculeusement à la vie. Cette théorie est tout à fait plausible et n'a rien de fantastique ou de surnaturelle.»

 

Tardigrades


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