SERGE HUTIN

 

MYSTÈRES DE LA FORÊT DE FONTAINEBLEAU
 


Serge Hutin chez l'auteur

Serge Hutin est né le 2 avril 1927 et décéda le 1er novembre 1997 à la Maison de retraite de Prades (Pyrérénes orientales). Franc-maçon, il avait atteint les plus hauts grades du Rite Ecossais avant de relever l'Ordre maçonnique hermétique de rite égyptien, proche de celui créé et pratiqué par Cagliostro, ordre dont il était le président d'honneur. Auteur de plusieurs dizaines d'ouvrages incontournables sur l'ésotérisme et les sciences occultes en général, Serge Hutin ne se contentait pas d'écrire des livres ou des articles très bien documentés sur le sujet, mais se révéla aussi comme un remarquable praticien.

Il est vrai que pour celui qui s'aventure dans ce monde étrange, il est absolument nécessaire de "raison garder". L'enthousiasme et la curiosité toujours inassouvie de Serge Hutin l'entraînaient à côtoyer certaines limites qu'il lui arrivait parfois de franchir.
 

LES ROCHERS "SCULPTÉS" DE LA FORÊT

Il existe, répartis à travers le monde, de multiples témoignages rocheux que l'on verse au nombre des «fantaisies de la nature», et qu'il serait donc absurde d'attribuer à la quelconque volonté délibérée d'un ou plusieurs hommes. Sur les côtes françaises de la Manche se dresse un rocher appelé «chapeau de Napoléon» d'après sa forme si caractéristique, mais ce témoignage curieux de l'érosion marine existait plusieurs millions d'années avant la naissance de l'illustre Empereur ! Est-ce à dire que tout rocher ayant une forme précise et significative soit à ranger parmi ces innombrables jeux naturels de l'érosion ? On rencontre, en certains sites, répandus à travers le monde, des formations qui poseraient au contraire l'irritant problème d'une possible action délibérée de la main de l'homme.

Érosion naturelle ou main de l'homme ?

La question se poserait tout spécialement à propos de toute une série de formations rocheuses du vaste massif forestier de Fontainebleau. Bien connues, pour nombre d'entre elles, des randonneurs familiers du site, voire des simples promeneurs du dimanche, se réduiraient-elles vraiment toutes à de purs et simples jeux géologiques de la nature ?

A propos de certaines, une réponse négative s'imposerait : il semble en effet s'agir manifestement non du séculaire effet na-turel de l'érosion progressive des grès mais d'authentiques sculptures, bel et bien réalisées par une ou des mains humaines. L'exactitude des contours s'y avère vraiment trop précise pour que le jeu des forces naturelles suffise à l'expliquer.

Il en est plusieurs exemples caractéristiques. Dans la zone forestière qui avoisine le village célèbre (si cher aux peintres) de Barbizon, on trouve un rocher de vaste dimension, à nul autre pareil, nommé d'après sa forme, «l'éléphant de Barbizon».

Habileté artistique

Il serait impossible d'y voir l'effet du jeu automatique de l'érosion au fil des siècles. Il s'agit manifestement d'un rocher qui fut bel et bien sculpté - et par quelqu'un doté, pour l'époque primitive où il œuvrait, d'une habileté artistique hors du commun. Non seulement le contour du gros animal se trouve aisément reconnaissable, mais sa position prise, loin d'être stéréotypée, se trouve comme observée, prise sur le vif. Un sculpteur animalier réaliste moderne n'aurait pas fait mieux !

Autre témoignage significatif : le gros rocher en forme d'ours (l'animal se reconnaît d'emblée) situé juste au centre du fond des gorges de Franchard. Et il y a ce détail étrange : l'ours y est figuré la tête tournée vers le ciel - et pas n'importe où, puisque le regard de l'animal se dirige vers le nord, indiqué par l'Étoile polaire dans la constellation de la Grande Ourse.

Tortue géante

Ce n'est pas tout : à de nombreuses reprises, on trouve dans le massif de Fontainebleau un rocher figurant (là encore, avec une exactitude figurative vraiment remarquable) une tortue géante avec sa carapace. Il existe aussi plusieurs rochers qui reproduisent, eux, une otarie avec un réalisme tout aussi saisissant, excluant donc d'éventuelles fantaisies de la nature.

Chose curieuse, l'hypothèse même que certains des rochers de la forêt de Fontainebleau aient ainsi été sculptés de la main de l'homme (et, n'hésitons pas à le dire, par de véritables artistes de leur lointaine époque), fait tout de suite hausser les épaules de la majorité des archéologues professionnels. Ne s'agirait-il pas tout bonnement - nous serinent-ils - des effets, pouvant prendre une allure volontiers déconcertante avouons-le, de l'érosion naturelle s'exerçant au long des millénaires sur les formations rocheuses en grès ?

Quant aux rares roches qui, comme le fameux éléphant de Barbizon ou les tortues de Franchard, semblent manifester la main de l'homme, il s'agirait, disent les sceptiques, de réalisations tou-tes modernes, sculptées à leurs moments perdus par un ou deux amoureux de randonnées solitaires en forêt.

Cela aurait pu commencer avec les grands sylvains Denecourt et Colinet (ces deux éminents gardes forestiers qui, au fil des ans, réalisèrent au siècle dernier la première exploration méthodique du massif forestier - mais ces deux hommes, aux multiples qualités,... ne savaient pas sculpter), pour se poursuivre par les divertissements ultérieurs de quelque promeneur artiste. La preuve en serait - poursuivent les sceptiques - la présence dans ces quelques authentiques rochers sculptés d'espèces animales (l'éléphant, l'otarie, les tortues géantes) totalement absentes de la région même aux époques lointaines. Mais j'ajouterais tout de suite : qu'en fut-il autrefois ?

Protohistoire

A mon avis, les rochers sculptés de la sylve bellifontaine furent bel et bien réalisés à une époque que je situerais dans ce qu'on nomme la protohistoire (car, plus haut dans le temps, l'usure se serait fait lourdement sentir où la faune comprenait une série d'espèces animales disparues depuis (dont l'éléphant et les ours). Sans doute même faudrait-il admettre la survivance (d'où la présence de quelques otaries) d'un assez vaste résidu aquatique laissé par la mer, qui avait longtemps occupé le site.

Un point important pour l'étude de ces rochers manifestement sculptés de la main de l'homme (avec la possibilité d'avoir su accentuer les contours suggérés à l'origine par une formation matérielle), serait de ne pas les considérer comme des jalons isolés mais comme ayant fait partie d'un ensemble, fort complexe, d'itinéraires initiatiques à parcourir, jalonnant une série d'épreuves à subir par des rites ressortissant tout à la fois de la magie et des croyances religieuses primitives.

Ces rites se trouvaient, selon toute vraisemblance, accomplis de nuit, à la seule clarté des étoiles et de la lune. Avec un foyer rituel spécialement disposé en des points précis du parcours. Il a du exister dans la forêt plusieurs de ces parcours initiatiques. L'un, qui se déroulait dans les gorges de Franchard, devait se terminer par la vision subite - éclairée par la lumière polarisée de la lune - de l'ours géant au regard dirigé vers l'étoile polaire.

La caverne d'Augas

Un autre devait culminer dans la grotte la plus vaste de la forêt : la caverne d'Augas, qui devait jouer à l'époque protohistorique le rôle d'un véritable temple.

Depuis de nombreuses années, la caverne d'Augas s'est hélas trouvée presque complètement ensablée (effet du ruissellement des eaux). Cela vaudrait sans doute la peine d'y pratiquer des fouilles. Je me souviens, tout enfant (en 1936), alors que la caverne d'Augas, alors fort accessible parce que très partiellement ensablée, comportait deux grands rochers sculptés (dont l'un, si je me souviens bien, avait la forme d'un crocodile), que le gardien nous éclairait - vision hallucinante - de sa petite lampe.

Et cela vous amusera sans doute d'apprendre ma réaction d'enfant : comme nous venions, en famille, de visiter la Caverne des Brigands (autre lieu célèbre de la forêt), j'avais dit tout haut (ce qui avait excité l'amusement de tous) que ce devaient être « des rochers sculptés par les brigands ».

Quant aux gorges de Franchard, le site a tout pour avoir été utilisé pour un long parcours initiatique nocturne : lent cheminement circulaire au sommet, jalonné par quelques passages un peu difficiles et de petites grottes ; puis l'itinéraire amenait lentement les récipiendaires vers le bas, pour leur faire atteindre la sculpture centrale : ce grand rocher en forme d'ours, au regard dirigé vers l'étoile polaire.

Formation naturelle

Évidemment, il est facile aux géologues de nous faire remarquer avec raison que les chaos de grès bellifontains existaient déjà par l'effet d'une formation toute naturelle, avant l'apparition de populations humaines dans les sites en question - ceux de Franchard comme les autres. Pourtant, si ces sites existaient auparavant, ils furent modifiés en vue, par la suite, de leur utilisation pour la célébration de mystères rituels.

Dans ce but, des interventions en conséquence (sculpture de rochers, aménagements d'itinéraires), avaient été

Jeu de piste nocturne

Chose curieuse, des indices indéniables indiquent des foyers récents (pas n'importe où, toujours allumés en des points précis). Il serait certes facile d'imaginer des scouts campant dans la forêt et s'amusant à organiser aux gorges de Franchard, par exemple, un jeu de piste nocturne.*

Personnellement, nous croirions bien plutôt à la survivance tardive (devenant sans doute bien plus rare au fur et à mesure que s'accroit la fréquentation touristique de l'immense forêt) de mystères initiatiques nocturnes, liés au culte lunaire et durant la nuit entière, initiations magiques qui doivent encore frapper énormément l'imagination de ceux qui les vivent. Mais dont l'impact devait être tellement plus considérable encore lorsque les lampes de poche étaient inconnues, et que la forêt ne comportait pas les innombrables sentiers si patiemment aménagés au siècle dernier par le minutieux travail des «grands sylvains» Denecourt et Colinet.

Malgré les haussements d'épaules des archéologues obstinément sceptiques, de nombreux clichés photographiques - nous pensons à ceux réunis par Edith Gérin et aussi par Marc Schweizer, - des curiosités qui peuplent le si vaste massif forestier de Fontainebleau apportent la réponse (définitive selon nous) à l'obsédante question : oui ou non, certains des rochers de Fontainebleau, voire bon nombre d'entre eux, attesteraient-ils une intervention délibérée de la main de l'homme ? En tenant évidemment compte que dans certains cas, les sculpteurs anonymes du lointain passé aient pris pour point de départ des formes suggérées par une quelconque fantaisie de la nature.

La découverte d'un poète

Il ne serait pas sans intérêt de signaler la découverte faite au début des années 60 par un vieil ami : le grand poète vénézuélien, et archéologue amateur Robert Ganzo.

Découverte, dans la partie du massif forestier située sur le territoire de Milly-la-Forêt, d'une grotte de très faibles dimensions (il nous la fit visiter), mais présentant l'originalité d'avoir toutes ses parois recouvertes d'une écriture dont les caractères évoqueraient tout de suite l'idée d'une forme primitive de l'alphabet cunéiforme du Moyen-Orient.

Voyez l'ouvrage (malheureusement épuisé) de Robert Ganzo : L'histoire avant Sumer. Un black-out archéologique à peu près total se trouva hélas établi d'emblée sur ladite découverte, pourtant indéniable. Pourquoi donc ? Parce qu'elle allait à contre-courant d'une idée consacrée : celle de l'origine moyen-orientale de l'écriture cunéiforme. Que fallait-il donc conclure de la découverte d'une forme primitive de celle-ci sur le futur territoire de la Gaule ?

Un labyrinthe

Voici une autre curiosité qu'il eût été intéressant d'étudier, mais qui a disparu hélas. Dans une zone de la forêt de Fontainebleau (l'ami qui m'en parlait évoquant ses souvenirs d'enfance, avait omis de m'en indiquer l'emplacement exact), au centre d'une vaste clairière, se trouvait placé un gros rocher percé d'un labyrinthe de petites galeries dans lesquelles on ne pouvait circuler qu'à plat ventre et en rampant. Les gosses de la commune voisine avaient pris l'habitude d'y jouer à cache-cache, et donnaient au dit rocher ce surnom significatif : « le métro » (à cause de ses galeries).

Malheureusement, les autorités locales, craignant qu'un éboulement mortel se produise et reculant devant les frais d'organiser un gardiennage permanent des lieux, fit sauter le dit rocher à la dynamite, peu avant la seconde guerre mondiale. Dommage irréparable, car ce «métro» des gosses servait sans nul doute dans la protohistoire, de théâtre à un rituel initiatique de reptation. Il devait s'y trouver des symboles.

Chose curieuse, la forêt de Fontainebleau, au si riche folklore légendaire, n'a pas utilisé - semble-t-il - les rochers et cavernes pour l'alimenter. Signalons pourtant une bien curieuse tradition, mais rapportée non par un auteur français, mais par une Anglaise, Enid Eaton (qui lui a consacré tout un livre).

Selon elle, il existerait sous le massif forestier de Fontainebleau une immense cité souterraine d'époque antédiluvienne - et où, chose tout aussi étrange, se trouverait caché le trône du souverain secret de la France. Car, suivant cet auteur, l'ancienne France aurait toujours eu, en parallèle, deux souverains : celui qui occupe l'Histoire connue, et un monarque secret, veillant, lui, sur la destinée occulte de notre nation. Plus exactement, ce souverain disposerait, toujours suivant le même auteur - d'un second trône dissimulé dans les profondeurs de l'île de Tombelaine (qui fait face au Mont Saint-Michel). Laissons-lui l'entière responsabilité de ses affirmations !

Patapoufs et filifers

Georges Duhamel avait écrit pour les enfants un récit humoristique de bonne venue : Patapoufs et Filifers - les gros et les maigres habitants respectifs de deux royaumes souterrains rivaux, dont l'accès commun se trouverait dépendre d'un long escalier mécanique se trouvant dissimulé dans une caverne de la forêt de Fontainebleau.

Je me souviens avoir vu dans un journal enfantin du tout début des années 40 (j'avais alors onze ans), le Journal de Tati, un roman-photo dont l'insolite point de départ était le suivant : découverte, dans une caverne de la forêt de Fontainebleau, d'un appareil permettant de dédoubler tout être vivant (animal ou humain) en ses parties bonne et mauvaise. Je me souviens aussi (mais j'ai malheureusement un trou de mémoire), avoir lu, au milieu des années 50, un excellent conte dans la revue mensuelle Fiction, au sujet insolite : l'existence, dans un ensemble rocheux, d'un itinéraire secret d'escalade menant ceux qui l'empruntaient à une grotte en laquelle ils demeureraient captifs pour l'éternité.

Chose curieuse, aucune œuvre majeure (fantastique ou de science-fiction) ne semble s'être inspirée des secrets de la forêt de Fontainebleau. Lieu mystérieux, énigmatique entre tous, pourtant...

(Serge Hutin in Science & Magie, 1991)

 
UNE ÉTRANGE MÉSAVENTURE EN FORÊT

 

Voici la bien curieuse histoire relatée par une correspondante méridionale, amie de longue date. Malgré les années écoulées, le souvenir lui en reste, précis et ineffaçable. Au tout début des années 60, un dimanche d'automne encore chaud et ensoleillé, son mari (haut fonctionnaire des Postes), et elle, frisant la quarantaine alors, profitaient d'un séjour à Paris pour - en compagnie d'une jeune amie prénommée Charlotte, âgée de 28 ans, visiter Fontainebleau et sa région.

C'était le début de l'après-midi, mais, - précisons-le, - ni l'amie en question, ni ce couple n'avaient consommé d'alcool au déjeuner.

La promenade d'abord motorisée, emprunta en forêt la route des hauteurs de la Solle cette voie forestière si pittoresque parallèle à une importante crête d'un chaos de gros rochers en grès, qui présentent la forme précise - d'un réalisme impressionnant - de gros animaux fabuleux, dont des otaries. Formes sûrement obtenues par l'intervention volontaire, à l'époque protohistorique, d'une ou plusieurs fort habiles mains humaines.

La voiture des Delsanti se dirigea ensuite vers le grand carrefour où se trouve dressée la Croix du Grand Veneur. Cette désignation ne renvoyant pas du tout - précisons-le - au chef des équipages des véneries royales d'antan, mais à une légende fantastique qui se retrouve fréquemment dans le folklore. Celle d'un personnage surnaturel, un grand sorcier peut-être ? Qui sait, le diable ? Le souvenir ancestral d'une divinité fort ancienne du paganisme qui mène dans le ciel nocturne sa redoutable meute d'êtres maléfiques.

A diverses reprises, des promeneurs ou des chasseurs égarés dans la nuit en forêt affirment l'avoir aperçue - pas forcément toujours des inconnus, puisque le roi François Ier (que nous retrouverons tout-à-l'heure) figura, en leur nombre. Revenons à l'aventure de nos amis. Ils eurent l'idée d'aller admirer dans le secteur, les roches sculptées du Cuvier-Châtillon - qui sont parmi les plus belles de la Forêt, (elles ont forme de tortue, de lion, etc.)

Cédons la parole à Madame Delsanti : «Notre véhicule garé pour quelques minutes, nous avançâmes dans un sentier ravissant, qui menait à une sorte de clairière, limitée par des rochers dressés d'environ deux mètres de haut.

Une curieuse succession de notes

Et c'est alors, que tout bascula. Il y eut d'abord la musique. D'étranges sons en vérité. On n'y reconnaissait aucune mélodie familière à l'oreille, mais une curieuse succession de notes, tantôt aigües, tantôt très graves - comme des gouttes d'eau, des perles de cristal s'égrenant dans l'eau, accompagnées peut-être d'un chant de flûte... Et puis, autour de nous, comme un piétinement de sabots sur les feuilles, et l'écho de rires lointains.»

On pense tout de suite à ces êtres mythologiques (faunes, sylvains, etc.), à la forme humaine mais dotés d'attributs animaux (une toison, des sabots de chèvre). Tout d'un coup, com-me prise d'une étrange possession, Charlotte - l'amie du couple - lança ses affaires (sac, etc.) sur le sol, puis se jetant à terre, s'y roulait en postures érotiques, semblant s'accorder aux séquences de l'étrange musique.

Mais, continuons le récit donné par Madame Delsanti :

«Moi-même, je me sentais étourdie et je me dirigeais vers l'un des rochers qui bordaient la clairière, quand mon mari, posant la main sur mon épaule, déclara :

- Partons d'ici, je ne reconnais pas ce paysage. Vite, allons-nous en !

Ramassant les objets dispersés par Charlotte, nous parvînmes à la faire se redresser. Et, rompant l'espèce de cercle invisible qui nous enserrait, nous l'entraînâmes le plus vite possible vers un autre chemin, balisé celui-là.

Accès à une autre dimension ?

Il nous fallut près d'une heure pour retrouver la Croix du Grand Veneur, notre voiture et la civilisation. Nous gardions un silence prudent, essayant d'ignorer les piétinements de sabots derrière nous et les rires moqueurs, qui finirent par diminuer, puis cesser tout à fait.

J'avais, la nuit suivante, fort mal dormi, poursuivie par le piétinement de faunes cornus, si proches de moi, qu'étendant la main, j'aurais pu toucher leur pelage roux, semblable à celui d'un cerf.»

De quoi pouvait-il s'agir en cette si curieuse expérience ?

D'une soudaine voyance à trois, mais dont le médium inducteur aurait été Charlotte qui aurait fait subitement participer les trois personnages, transportés dans le lointain passé, aux rites magiques de l'ancien culte païen jadis associé aux rochers sculptés ?

Voici ce qu'écrit Madame Delsanti :

«Pour ma part, je crois qu'il existe encore, sur la terre, dans des sites très spéciaux, des possibilités d'accès à d'autres dimensions, où existent - ou subsistent - des êtres différents de nous, qui interfèrent parfois notre atmosphère, et nos vies.»
 

Serge Hutin in Science & Magie, 1991)

 

FRANÇOIS Ier

Charbonnier est maître chez lui

Reportons-nous à l'époque du fastueux François Ier, bâtisseur du château de Fontainebleau - et grand chasseur devant l'Éternel. De son temps, le si patient travail (un vrai ouvrage de bénédictin, à sa manière concrète) de balisage minutieux de la forêt (il ne sera accompli en fait que par les deux «grands sylvains» du siècle dernier, Denecourt et Colinet) ne se trouvait même pas ébauché. En dehors des quelques routes qui la traversaient, le massif forestier bellifontain tout entier demeurait un labyrinthe pratiquement inextricable, dont personne - à l'exception des travailleurs forestiers (bûcherons, charbonniers) qui y œuvraient, y vivant même dans leurs primitives huttes - ne connaissait la disposition exacte.

Des points de repère

Le chasseur qui s'y aventurait trop profondément, et sans avoir pris l'élémentaire précaution de savoir prendre des points de repère précis, pourrait donc y errer des heures durant.

C'est justement ce qui survint un jour au roi François Ier. Chassant dans la forêt en solitaire, il avait fini par s'y égarer. La nuit tomba, et le souverain perdu se trouva plongé dans les ténèbres inconnues ; pas rassuré (on le conçoit), malgré la fidèle compagnie de son cheval familier. Tout d'un coup, il vit surgir le salut : au milieu d'une clairière, une assemblée d'hom-mes (sans nul doute des forestiers), réunis autour d'un vaste brasier.

Le roi s'approche

Le roi s'approcha, pour se trouver tout de suite arrêté par deux des personnages qui l'ayant aperçu, lui intimèrent l'ordre de ne pas continuer.

- Pourquoi donc ?

- Dans cette clairière va se dérouler une initiation à la charbonnerie.

Précisons qu'au XVIe siècle, il s'agissait d'un compagnonnage des travailleurs de la forêt (charbonniers, bûcherons, etc.) - pas du tout de redoutables conspirateurs (d'ailleurs, il n'existait pas encore de républicains, en France).

François Ier, homme très éclairé et curieux de tout, répliqua que même pour lui le Roi, cela constituerait un honneur d'être admis à la recevoir, cette initiation forestière.

Il s'entendit répondre : «Seul le Maître de la Vente (nom symbolique d'une loge de charbonniers) peut en décider. Charbonnier est Maître chez lui.»

Telle est l'origine - méconnue - de cette expression familière !

Inutile de dire que la candidature royale se trouva d'emblée acceptée. Et François Ier fut donc le premier - et l'unique - roi de France à avoir été initié aux mystères du compagnonnage forestier.


 
Serge Hutin in Science & Magie, 1992)

 


  Serge Hutin (à droite) et Jean Boully (debout)

 

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