Georges Dubal, psychanalyste suisse et docteur en théologie est né à Genève le 18 septembre 1909 et y mourut le 9 mars 1993.
Il reçut une éducation protestante et s'intéressa très tôt à la psychanalyse. À l'âge de 16 ans, il fit l'expérience très personnelle d'une libre association jungienne qui lui permit de sauver un de ses camarades du suicide.
A la fin de l'école secondaire, il entreprit des études de théologie tout en suivant avec passion à l'université de Genève les cours du célèbre anthropologue Eugène Pittard. Il compléta son cursus universitaire à Strasbourg et à Paris.
Outre la théologie, il se passionna pour la réforme de l'enseignement, fréquenta assidument les cercles psychanalytiques de Suisse romande impliqués dans l'élaboration de principes nouveaux pour l'éducation.
Georges Dubal travailla aux côtés du Dr. Gustave Richard, de Marguerite Bosseret et de William Perret de Neuchâtel, à la création de "nouvelles écoles". Le Dr Richard le recommanda à l'hôpital psychiatrique Préfargier où le jeune homme se vit confier le soin aux malades psychotiques. Son protecteur ira jusqu'à lui confier son propre fils pour une analyse.
Ce fut à cette même période que Georges Dubal rencontra Charles Baudouin, pionnier de la psychanalyse à Genève et devint son collaborateur et ami.
C'est sous sa direction qu'il approfondit ses connaissances et la pratique de l'analyse freudienne.
En 1933, le jeune analyste se risqua à poser par écrit quelques questions à Freud, à propos de la "libido", auxquelles le maître répondit par une belle lettre autographe pleine de clarté, de précision et... d'humour.
Deux ans plus tard, Georges Dubal épousa une jeune théologienne aussi passionnée que lui de psychanalyse, qui sera durant toute sa vie sa plus proche collaboratrice.
Rosette Dubal publia elle aussi quelques études remarquables, dont l'ouvrage "Psychanalyse du Diable" qui fera autorité.
Le jeune couple, très engagé dans la lutte pour une société plus juste, travailla avec courage et abnégation, à promouvoir une prise en compte de la psychanalyse dans la cadre de la prévention des névroses chez l'enfant et milita pour un changement radical de l'éducation, à l'instar des suggestions de Sandor Ferenczi ou de Wilhelm Reich.
A l'approche de la Seconde guerre mondiale, Georges Dubal, collabora avec le Dr André Réquet, chef de la clinique psychiatrique Vinatier de l'hôpital de Lyon. Dans le droit fil des travaux de C-G. Jung, il étudia l'importance des signes et leur influence sur l'homme, dans plusieurs articles qui marquèrent le jeune Adrian Frutiger dans son étude de la symbolique des signes.
Dynamique et persuasif, Georges Dubal exerça un ascendant indubitable sur toute la jeune génération d'analystes et de penseurs qui gravitaient autour de la "Société philosophique" et publia une centaine d'articles - parfois très polémiques - touchant de près ou de loin à ses domaines de prédilection : la psychanalyse et l'éducation.
Après la guerre, il effectua plusieurs centaines d'analyses dans son cabinet de Genève, formant des élèves enthousiastes parmi ses disciples. Il recevait riches et pauvres, sans distinction, apportant à chacun une oreille attentive, déliant avec une infinie patience les nœuds qui s'étaient formés au plus profond de leur inconscient.
En 1947, son article sur la «Psychanalyse existentielle de Jean-Paul Sartre», publié dans la "Revue française de psychanalyse", fut remarqué par ses pairs, notamment par Marie Bonaparte et John Leuba qui l'invitèrent à la 15e Conférence des psychanalystes francophones devant se tenir à Paris en 1953.
A cette occasion, il participa au débat vigoureux qui opposa les adeptes de la «théorie des instincts» défendue par Maurice Bénassy et leurs adversaires.
1968 vit Georges Dubal aux premières loges de la contestation, prenant la défense de la jeunesse révoltée, approuvant sa remise en question radicale de la relation entre le savoir et le pouvoir, la libre recherche et l'autorité des pontifes.
Il n'épargna ni les psychanalystes installés dans leur confort intellectuel ni la société bourgeoise qui les hébergeait. Il vitupère l'analyse et les analystes au service des puissants, réprouve cette tentative de mise au pas réactionnaire au détriment du libre arbitre de chacun et du respect de l'individu.
Georges Dubal restera durant toute sa vie un homme libre, un combattant des frontières, défiant tous les pouvoirs, refusant tout endoctrinement ou abrutissement de l'être humain, même s'il fut, durant quelques années un "compagnon de route" du marxisme.
Le Docteur Léo Dubal, éminent physicien et chercheur en archéologie Archéométrie et le remarquable peintre Sylvie Dubal, auteur du portrait ci-dessus Sylvie Dubal, sont les enfants de Georges et de Rosette Dubal.
Georges Dubal : Moi et les autres - Éditions Delachaux et Niestlé 1960
(Présentation de Marc Schweizer)