Extrait du Journal des Goncourt (année 1862)
Princesse Mathilde par Dubufe
Dîner à Saint-Gratien, chez la princesse Mathilde
16 août 1862
Entre un curé, le curé d'ici, un Jean des Entommeures, une face rouge, un Sancho Pança ignoble, gras, allumé. Il tire une petite croix d'honneur de sa poche et demande à la princesse, qui vient de le faire décorer, de la lui mettre. La princesse se récrie: «Est-ce que je sais comment ça se met, ces bibelots-là!»
Au milieu des rires, Nieuwerkerke (2) blague le curé, pétant de joie:
«Vous allez perdre votre virginité d'homme non décoré, monsieur le Curé. Ah ça ! où allez-vous mettre ça, quand vous ferez prêchi-prêcha?»
Et puis on rit des épaules de chanoine du curé, qui rit aussi, avec une bouche d'ogre, et finit par allumer un grand cigare. Là-dessus, la princesse demande des idées de livres à donner en prix aux petites filles.
Le curé dit: «Berquin!»Giraud crie: «Marco Saint-Hilaire! Ça enflamme les jeunes gens! ».
Et, Nieuwerkerke en riant, me dit assez haut: «Le PORTIER DES CHARTREUX !..»
Arrive du monde, Viollet-le-Duc, l'amiral La-Roncière-Ie-Noury, des Russes, des princesses Cantacuzène. La princesse va s'asseoir dans son second salon, à côté d'une portée de petits chiens carlins, qu'elle adore et qui la suivent partout. La princesse a deux chiens carlins affreux, yeux saillants, dans un panier au salon, ne les quittant pas, même en voyage, les ayant toujours sous les bras:
«Ça a l'air, dit Nieuwerkerke des deux robinets d'un marchand de coco.»
Giraud nous raconte comment Musset venait dîner chez la princesse, si saoul qu'il arrivait en trébuchant et qu'à table, il s'asseyait de côté. Je dis, avec un grand succès, la belle chanson philosophique de Grassot sur la Garde nationale:
Vive à jamais la Garde nationale,
Arc-en-ciel de nos libertés!
Si elle ne fait pas de bien,
Elle ne fait pas de mal:
Voilà pourquoi qu'elle a mon amitié.
La princesse fulmine contre cette canaille d'Haussmann (3), qui lui a pris, pour un boulevard, 1.200 mètres de son parc, à son hôtel de la rue de Courcelles (4)... Puis, une révérence et nous prenons congé d'une Altesse impériale.
Château de Saint-Gratien
Dîner chez la princesse Mathilde
Mercredi 10 décembre 1852
Mercredi 10 décembre 1852
Nous avons reçu, avec une très aimable lettre de compliments sur LA FEMME AU XVIIIe SIÈCLE, une invitation à dîner pour ce soir, chez la princesse Mathilde.
Nous montons dans les appartements du premier, dans un salon de forme ronde, aux panneaux tendus de rouge, ornés d'un tas de petits cadres et couronnés de glaces gravées. Il y a là Gavarni (5) et Chennevières.
Nieuwerkerke arrive par une porte intime, puis la princesse, puis sa lectrice, Mme Defly. Nous voilà à table. Nous ne sommes que nous sept. Sauf la vaisselle plate où l'on mange, marquée aux armoiries d'Altesse impériale, sauf la gravité et l'impassibilité des laquais, vrais laquais de maison princière, qu'un Vaucanson semble remonter tous les matins, on ne se croirait guère où l'on est, tant l'on est à l'aise, tant il y a de liberté d'esprit, de paroles, de légèretés même.
Cela n'a point de comparaison avec les grands ou les libres salons du passé: c'est proprement XIXe siècle. La princesse est le type d'une femme toute moderne, la femme artiste, quelque chose de très différent de ce qu'on appelait la virtuose au XVIIIe siècle. Il y a, de l'une à l'autre, la distance qu'il y a entre l'enchantement de la grâce et de l'esprit et la commodité de la bonne enfance, le charme de toutes les bonnes volontés d'être aimable, simple, vous mettant à l'aise avec les mots courants de l'atelier et le naturel du tout ce qui passe par la tête.
Grand Salon de la rue de Courcelles
Mercredi 10 décembre 1852
Je juge, cette fois, beaucoup plus favorablement la princesse que la première. Elle se sent entre hommes. Elle se livre, s'abandonne et y gagne. Elle nous fait de grandes plaintes sur le niveau si singulièrement descendu de la femme, depuis le temps que nous avons peint, sur son ennui de ne point pouvoir trouver une femme s'intéressant aux choses d'art, aux nouvelles des lettres, ayant des curiosités sinon viriles, du moins élevées ou rares: j'arrange un peu ici ce qu'elle a eu l'intention de dire. Elle était prête à recevoir toutes les femmes intelligentes de ce temps-ci:
«Mlle Rachel, mon Dieu, je l'aurais parfaitement reçue! Mais les femmes qu'on reçoit, qu'on voit, il n'y en a pas une avec qui on puisse causer. Tenez, qu'il entre une femme ici, je serais obligée immédiatement de changer de conversation; vous allez voir... Mme Sand, je l'inviterai quand on voudra.
- Elle est assommante», dit Nieuwerkerke.
Il y a beaucoup de bon vouloir - et en toutes sortes de choses -, beaucoup de désir d'être intelligente; pas un scrupule, au contraire, un certain plaisir à choquer les choses reçues, dans cette princesse, qui fait ce qu'elle peut pour avoir auprès d'elle des artistes et des écrivains, un peu de confiance, sans trop les comprendre, en les estimant sur parole. Mais ce temps-ci n'a pas le droit d'être trop exigeant...
La Société des aquafortistes lui a demandé une gravure et elle est fort flattée d'avoir reçu une plaque et des pointes. Elle le dit navement.
Elle nous montre son atelier, un atelier de princesse qui croit peindre personnellement ce qu'elle signe. Il y a là toutes sortes de bibelots. C'est encombré de ces choses qui ne sont des objets d'art que pour les femmes, un faux pastel de Boucher, de faux pastels de Chardin.
Alfred Émilien, comte de Nieuwerkerke
Mercredi 10 décembre 1852
Nieuwerkerke nous montre cela très sérieusement. Il y croit, c'est son excuse. Il m'a semblé qu'il avait à peu près le goût que les tapissiers donnent à une fille qui devient riche. Il a, malgré toute son amabilité, un nuage sur le visage. Il avoue que toutes ces affaires, ces attaques pour le musée Campana (6), la campagne de Mme Cornu, racolant Delacroix, en lui promettant sa place à lui de directeur des musées, l'ont aigri: «Je suis devenu méchant », dit-il à Gavarni (5).
Vers les dix heures, il vient du monde. Je cause avec un monsieur qui me dit qu'il a acheté, il y a deux jours, aux Commissaires-Priseurs un portrait de Charlotte Corday, «charmant», de Vigée, qu'il a des tableaux, qu'il aime beaucoup le XVIIIe siècle, qu'il a un dessin d'Oudry, qu'il a des tableaux de Lépicié - tout cela avec un air fort satisfait de lui, une suffisance d'imbécile, des notions de badaud, une de ces belles profondeurs de sottise et une de ces plates étendues de superficialité qu'on perce en quatre mots.
Je croyais que ce n'était qu'un sot: «Qui est-ce?»ai-je demandé à l'oreille de Chennevières. «C'est M. Boitelle (7), le préfet de police.»Cela m'a fait trembler pour la vie de l'empereur. Penser que cette peau-là, une peau qui tient une dynastie, pas mal de la société, le
paiement des rentes et le reste, la peau d'un bon Dieu d'État, est entre les mains d'un pareil imbécile, qui, par là-dessus, est affligé d'une toquade, s'en va aux Commissaires-Priseurs flairer des tableaux au lieu de flairer des Orsini, rêve sur un catalogue de Laneuville au lieu d'éventer des bombes...
Salle à manger de la rue de Courcelles
«Et celui-là, qui tient un écheveau de laine à la princesse?»C'est un vilain homme à vilaine tête, l'air d'un forçat évadé dans des maquis, des oreilles comme des anses de pot. Il aidait à dévider: on aurait dit un singe galant de Watteau.
«C'est Benedetti.
- Ah!... Et celui qui est sur le canapé, près de la porte?»
Celui-ci avait le front déprimé, un petit nez en pomme de terre, de grosses moustaches de tambour de la Garde nationale, un menton avalé, quelque chose du Kalmouk et du bas officier, l'air d'un pilier de café militaire de province et d'un ruffian d'écurie.
«C'est Fleury (8).
- Diable!...
Et ce vieux à côté, avec un crachat, si laid, qui ressemble à un vieil homme d'affaires, à un avoué arrondi, à masque ignoble et louche?
- Ah! là, c'est La Valette (9).»
Près de la cheminée, sur un canapé, trois dames s'étaient assises. L'une était petite, un air de poupée, maniérée, assez jolie, tournant la bouche, une tête d'oiseau. L'autre, qui semblait de la maison - elle avait dit en entrant, en donnant un échantillon à la princesse: «Cela coûte trois francs le mètre» -, jeune encore, décolletée fortement, était maigre, brune, ardente, une femme d'apparence nerveuse et chaude. La troisième était un monstre, un monceau de chair informe, avec de petits yeux et une énorme tache noire entre le nez et la bouche: elle ressemblait à l'éléphantiasis ayant le charbon.
La poupée était Mme Émile de Girardin (10); la femme brune, la générale Espinasse; le monstre, Mme Benoist-Champy.
Nous étions habillés. Nous avons été faire un tour à l'Opéra. En entrant, nous avons accroché Champfleury. Il avait l'air, avec son habit noir, du croque-mort du Carnaval. Il y a deux ans, à ce qu'il nous conte, il a été, au sortir du bal, au bordel, déguisé en Polichinelle: apparition macabre pour les putains réveillées! L'esprit est toujours gaulois! Les gandins disent aux femmes pour les intriguer: «Sens mon cul!»et les femmes répondent: «Ohé! bougre de maquereau!»J'ai remarqué, dans les gens en costume, un caractère pédérastique : il y a beaucoup de couples où je ne distinguais pas de la femme l'homme poudré, maquillé, efféminé, faisant beau cul.
Buste de la princesse Mathilde par Carpeaux
ANNÉE 1863
18 mars, 1 heure du matin
Nous sortons de dîner de chez la princesse Mathilde. J'ai encore mon habit au dos et j'écris sur le chaud de la soirée. Il y avait à dîner Sainte-Beuve, Nieuwerkerke, Barbet de Jouy, le nouveau conservateur lu musée des Souverains, Paul de Musset et sa femme, une sorte de quakeresse sortie d'un tableau de Wilkie, une vieille jeune femme, une sorte de vieille fée qu'on s'attend à voir tout à coup rajeunir, une Ang1aise qui a, dans l'esprit, de la couperose de son teint (11).
On cause de Renan et de Sacy qui, l'autre jour, ont fort scandalisé la princesse en s'élevant contre l'utilité des musées, et la causerie va sur Sacy, sur lequel nous disons à peu près tout ce que nous pensons et aussi vivement que nous le pensons, animés par la pensée de voir le Sénat tout près de cet homme sans talent, à côté de Sainte-Beuve, qui le mérite de tant de façons et par toutes les compromissions du talent (12).
Barbet de Jouy, une espèce d'idiot qui tord épileptiquement ses mains, comme argument pour Sacy, se signe. Sainte-Beuve défend Sacy, par bon goût et par charité, et la princesse abonde assez dans notre sens, en étant heureuse de trouver un peu de passion jeune.
Sainte-Beuve finit par nous dire: «Tenez, c'est la même discussion qui a eu lieu en 1841. M. de Rémusat, qui venait d'être nommé ministre de l'Intérieur et qui, par conséquent, savait où passaient les fonds secrets, avait sur Sacy la même opinion que vous.»
On parle, après dîner, au café, dans la fumée des cigares, de l'idée de recommencer la vie. Presque tous refusent de la recommencer dans les mêmes conditions, d'avoir encore une fois vingt ans pour en faire ce qu'ils en ont fait, et la princesse laisse échapper:
«Moi, si on me les rendait, je ferais un tas d'infamies que je ne me suis pas permises.
Sainte-Beuve (1804-1869)
- Moi, dit Sainte-Beuve, je ne voudrais pas recommencer. Il y a dans la vie de l'homme tant de choses douteuses, incertaines, où la résolution est difficile, que quand on ne sort pas de tout cela tout à fait démoli, il faut s'y tenir.»
Entre un homme à mine de porc sur la bosse d'Ésope: «Ah voilà un sénateur! dit Benedetti. Nous allons savoir ce qui s'est passé au Sénat.» Et l'homme, entré, se met à parler finement, méchamment, avec cet esprit de vieillard, qui n'a pas l'air de toucher et qui entre, peignant la physionomie de la séance: Bonjean, sa myopie, son Ļil qui pleure, son mouchoir qu'il cherche, le fil de sa lecture qu'il retrouve; puis le prince enfin, sa parole, sa véhémence, ses citations lues, sa facilité dont il abuse, cette voix de tribun, de buccin étonnant le Sénat (13). L'homme qui parle ainsi me rappelle étonnamment l'esprit et la parole, le dire du marquis des EFFRONTÉS et l'acteur même, Samson (14). C'est Chaix d'Est-Ange.
Tout à coup, l'on entend, du canapé se lever la voix de la princesse: «Mais enfin! Il ne devrait pas oublier que la Russie, nous lui devons aussi quelque chose. Notre mère, au moins la mienne, est morte avec une pension de 150.000 francs de l'empereur Nicolas! Et puis, enfin, ce monsieur-là,» - c'est comme cela qu'elle a appelé son frère (15) toute la soirée - «qu'est-ce que c'est que ce courage-là, à parler quand il n'y a aucun péril? Mais qu'est-ce qu'il a fait? Savez-vous ce qu'il a fait? Moi, je n'aime pas l'Autriche, j'ai été élevée dans l'horreur de l'Autriche, je mangerais des Autrichiens. Eh bien! quand l'empereur l'a envoyé auprès de l'empereur d'Autriche, il a laissé aux Autrichiens Vérone et Mantoue. C'est lui qui les leur a laissées! Je le sais bien, moi: Napoléon III et Victor-Emmanuel me l'ont dit...
Prince Napoléon dit Plon-Plon (1822-1891)
Victor-Emmanuel, il a été deux ans sans le voir, après cela... Nous deux, voyez-vous?» dit-elle, s'animant de plus en plus, «c'est l'honnêteté et la canaillerie! Il n'est fait que pour mordre la main qui lui a fait du bien. Louis-Philippe lui a fait une pension! Moi, j'ai toujours aimé les princes d'Orléans; ils ont toujours été charmants pour moi. Je n'ai jamais voulu revoir M. Thiers après qu'il m'a dit que la lâcheté était une des forces d'un roi constitutionnel, après qu'il a appelé devant moi Louis-Philippe Robert Macaire... Moi, je ne suis pas de son sang! Je me crois une bâtarde, quand je le vois.»
Le sang et la colère lui ont monté au visage. Tous se taisent, comme une cour devant une violence de reine. Elle est vraiment belle avec ses mains crispées, tout ce qu'elle a de passion dans son visage plein d'ombre et dans sa voix qui vibre. Sainte-Beuve dit:
«Mais, princesse, il y a l'homme privé et l'homme public...
- L'homme public!» fait-elle, ramassant le mot et scandant tout ce qu'elle dit avec une sorte de hoquet d'ironie et des haussements de corps superbes: «L'homme public! Était-ce un homme public, lorsqu'il mendiait dans le cabinet de M. Guizot 150 000 francs de pension? Était-ce un homme public, lorsqu'aux journées de juin, il montait au haut des tours Notre-Dame pour échapper au bruit du canon? Était-ce un homme public, lorsqu'au Deux Décembre, il se sauvait d'auprès de son cousin, à Stains, chez Mme de Vatry? Était-ce un homme public, lorsqu'en Crimée, il abandonnait l'armée et fuyait les coups de fusil?»
Et sa voix sonne avec ce coup perpétuel de marteau, cette figure d'éloquence d'Isnard à propos de Lyon. II y a de la Convention et de la Rachel dans sa voix.
En sortant, en marchant avec nous par les rues, toujours parlant, Sainte-Beuve essaye de repousser l'assimilation que nous faisons entre cet homme, ainsi jugé par sa sĻur, et Philippe-Égalité. II nous dit que ce prince est né tribun, qu'à sept ans, il faisait des pièces de vers en l'honneur du Premier consul, «... s'il n'était pas devenu empereur et tyran!»
Puis il vient, à propos de Sacy, à la question du Sénat - et à ce régime-ci, à propos de lui, et ses amertumes s'échappent contre cet empereur indifférent aux lettres et aux services qu'il a rendus sans salaire, sans prix convenu d'avance. II montre toutes ses ulcérations de n'avoir jamais recueilli de la bouche impériale que deux mots; d'avoir été invité à des concerts, de n'avoir jamais eu de rendez-vous pour causer seulement un quart d'heure et de n'avoir jamais trouvé dans le maître de la France qu'un «digne mari de cette bécasse» - c'est son mot - qui fait en même temps inviter chez la princesse Sacy et Flaubert.
NOTES :
(1) Mathilde (Princesse) (1820-1904). Fille du roi Jérôme et de Catherine de Wurtemberg, épouse en 1840 Anatole Demidoff dont un décret du Tzar la sépare judiciairement en 1846.
(2) Nieuwerkerke (Alfred Émilien, comte de) (1811-1892) Statuaire. Sous le Second Empire, surintendant des Beaux-Arts; connu pour sa longue liaison avec la princesse Mathilde.
(3) Haussmann (Georges Eugène, baron d') (1809-1891) Préfet de la Seine de 1853 à 1870 qui dirigea le vaste plan de rénovation de Paris entrepris par Napoléon III.
(4) Le 24 novembre 1852, Mathilde, installée depuis son arrivée à Paris en 1846 au 10, rue de Courcelles, pend la crémaillère au n° 24, dans l'ancien hôtel de la reine Marie-Christine d'Espagne, que lui avait offert le Prince-Président: c'est là qu'elle tiendra salon pendant dix-huit ans. L'expropriation dont parle Mathilde s'était produite en 1856. Comme elle voyait sa maison entourée de palissades pendant les travaux et qu'elle se plaignait qu'on s'apprêtât "à la murer comme une vestale", Haussmann eut ce beau mot: «On ne fera pas cette injure à Votre Altesse.»(Khn, MATH., p. 217). L'achèvement du boulevard Haussmann a fait disparaître l'hôtel et le parc, qui occupaient les actuels N°151-159 du boulevard et les numéros: correspondants de la rue de la Baume.
(5) Paul Gavarni (Paul) (Sulpice-Guillaume Chevalier dit) (1804-1866), aquarelliste et dessinateur, ami des Frères Goncourt.
(6) Collection Campana - Salomon Reinach a écrit, dans la REVUE ARCHÉOLOGIQUE.( 4, juil. - déco 1904 et t. 5, janv. - juin 1905) l'ESQUISSE D'UNE HISTOIRE DE LA COLLECTION CAMPANA. Le marquis Campana, directeur du Mont-de-Piété de Rome, avait amassé une immense collection d'objets d'art intéressant l'Antiquité, le Moyen Age et la Renaissance. Il s'y ruina, emprunta indûment à son propre établissement, fut arrêté (1859), et le Vatican vendit ses collections. Après les Anglais et les Russes, Napoléon se porta acheteur et fit installer la collection Campana au Palais de l'Industrie, où elle constitua, avec des trouvailles ou moulages des fouilles d'Orient, un musée Napoléon III, ouvert le 1er mai 1862. Sous le prétexte de favoriser la culture populaire et de fournir des modèles aux arts appliqués, les ennemis de Nieuwerkerke voulaient constituer face au Louvre, où il régnait comme surintendant des Beaux-Arts, un musée indépendant et rival. Ce sont les amis de Mme Cornu qui mènent l'affaire; son mari avait été chargé de l'achat et nommé administrateur provisoire de la collection. C'est un familier du salon Cornu, Ernest Desjardins, qui avait publié en toute hâte la notice-catalogue du nouveau musée et qui polémique aigrement avec Vitet, favorable à la thèse Nieuwerkerke. Enfin, les deux grands peintres amis des Cornu, Ingres, dans une lettre à l'Académie des Beaux-Arts (8 sept. 1862), et son rival Delacroix, dans une lettre à Beulé (DÉBATS, 9 nov. 1862), se trouvent d'accord pour protester contre la «dispersion» du musée Campana. Car entre-temps, le 11 juillet 1862, Napoléon III avait donné raison à Nieuwerkerke et fait entrer cette collection au Louvre, sous réserve d'un tri destiné à envoyer en province les pièces médiocres ou en double: cette opération, présidée par Nieuwerkerke, fut l'occasion de nouvelles polémiques. Le «musée Napoléon III» sera inauguré au Louvre le 15 août 1863. Ses éléments seront plus tard répartis dans les divers départements du Louvre, et quelques pièces, malheureusement, exilées en province.
(7) Boitelle (Symphorien) (1813-1897), préfet de police de 1858 à 1866)
(8) Fleury (Émile-Félix comte de) (1815-1884) Ami personnel de Napoléon III, il prit une part importante au coup d'État du 2 décembre 1851. Confident de l'Empereur qui en fit son aide de camp et son homme de confiance, lui confiant d'importantes missions politiques.
(9) La Valette (Félix marquis de) (1806-1881) Diplomate et député. Ambassadeur en Turquie et à Rome. Ministre de l'Intérieur (1865-1867)
(10) Seconde épouse d'Émile de Girardin (1806-1881), née Mina Brunold, comtesse de Tiefenbach (1834-1892), veuve du prince Frédéric de Nassau, remariée à Girardin en 1856, séparée en 1872. Fondateur de La Presse et militant infatigable de la liberté de la presse et de la défense des libertés individuelles, il reste l'une des plus grandes figures du journalisme au XIXe siècle.
(11) Le musée des Souverains, créé en 1852 «pour la conservation des objets ayant appartenu aux Souverains qui ont régné sur la France», avait eu depuis lors pour conservateur Horace de Viel-Castel; mais celui-ci venait, le 12 mars 1863, d'être révoqué par Nieuwerkerke, sous le prétexte d'un article trop désinvolte de LA FRANCE, et en fait, selon Chennevières, pour indélicatesse.
(12) C'est seulement en 1865 que Sacy sera nommé sénateur, la même année que Sainte-Beuve.
(13) Soulevés à nouveau depuis le 22 janvier 1863, les Polonais appelaient à l'aide contre la Russie les puissances occidentales. Du 17 au 19 mars, le Sénat discute sur la Pologne: Bonjean, le prince Poniatowski, Walewski protestent contre l'attentisme gouvernemental et surtout, le 18, le prince Napoléon adjure le Sénat et le gouvernement «d'agir, d'agir sans retard, eu prenant résolument en main les intérêts des faibles et des opprimés», ce qui signifiait peut-être la guerre immédiate contre la Russie. Mais Billault va réussir à faire voter un ordre du jour de confiance par 109 voix contre 17.
(14) LES EFFRONTÉS d'Augier, créés le 10 janv. 1861 : le marquis d'Auberive y incarne un légitimiste cynique et spirituel, digne adversaire du pamphlétaire Giboyer; il sait à l'occasion être chevaleresque et sauver l'honneur de sa femme infidèle. Il sera l'un des principaux personnages également du FILS DE GIBOYER en 1862.
(15) Prince Napoléon (1822-1891) appelé familièrement Plon-Plon. Fils cadet de Jérôme Bonaparte, ancien roi de Westphalie et de Catherine de Wurtemberg, il est le frère de la princesse Mathilde et le cousin germain de l'empereur Napoléon III.
Edmond et Jules de Goncourt
Source : Editions Robert Laffont - Collection Bouquins
|