Jacqueline Frédéric Frié
Poète et Théologienne

 

Jacqueline Frédéric Frié vient de nous quitter (14 novembre 2009).

Une figure lumineuse

Le jour que la providence mit Jacqueline-le-poète en travers de mon chemin fut un jour fatal... Il est des rencontres qui enrichissent, éblouissent, fortifient, bousculent.

Jacqueline Frédéric Frié est un de ces êtres rares qui parviennent à transformer notre vie de fond en comble, à culbuter nos certitudes, à balayer nos idées reçues en installant au cœur de notre existence une lumière nouvelle, une énergie et une force sans pareilles, une paix et une sérénité inattendues.

Cette belle femme élégante, d'apparence frêle, fragile, timide, mais au regard perçant, au sourire rayonnant, à la démarche souple, recèle en elle une puissance exceptionnelle capable de métamorphoser une limace en panthère, du sable en diamants, un cancre en génie.

Quel étrange secret, quelle force mystérieuse anime donc cet être de lumière pour réarmer de pied en cap ceux qu'elle côtoie, pour enrichir tous ceux qui ont le privilège de croiser sa route ?

Eh bien le secret de la force, de l'énergie rayonnante qui émanent d'elle, c'est sa foi ! La foi en Dieu.

Une fin tragique

Les derniers jours de la vie de Jacqueline Frédéric Frié furent tragiques. Le Malin veillait dans l'ombre. Fatiguée par sa dernière création, en état de grande faiblesse, la lumineuse Jacqueline fut assaillie, investie, circonvenue par une mafia impitoyable de faux religieux. Cette bande dépouilla impunément la sainte femme, abusant de sa fragilité, écartant ses amis, allant jusqu'à la spolier de ses biens qu'elle souhaitait léguer à la Sainte Église et non pas à une secte de prédateurs.

Jacqueline fut laissée sans soins durant des semaines, ses amis refoulés, son notaire et son médecin écartés. Ces voyous lui firent signer l'abandon de ses biens par des hommes à gages et, pour finir, elle fut transportée dans un état de santé pitoyable dans sa propriété du midi où elle décéda faute de soins appropriés. Jacqueline fut inhumée à la sauvette par ces malfrats, hors de la présence de sa famille, de ses amis les plus proches et des villageois qui l'aimaient, telle une réprouvée.

Le scandale de cette ignominie ne fait sans doute que commencer, une enquête sera ouverte... les escrocs punis. Que le Seigneur veille sur cette belle et sainte âme...

OPÉRA :
Laïssa, la terre tremble

L'œuvre poétique de Jacqueline Frédéric Frié s'étend sur un demi-siècle. Membre de l'Académie Mallarmé, elle a publié ses ouvrages chez les plus grands éditeurs, Gallimard, Seghers, Mercure de France, Desclée de Brouwer notamment. Auteur d'admirables hymnes liturgiques, pour la basilique de Lourdes entre autres, elle composa l'Hymne pour le Jubilé de l'An 2000 et participe depuis des lustres à une nouvelle traduction canonique de la Bible.

En 2003, elle retrouva par hasard, au fond d'un tiroir, le livret d'un opéra Laïssa, la terre tremble qu'elle avait écrit plus de vingt ans auparavant et dont elle avait complètement oublié l'existence.

En le relisant, elle fut surprise de l'actualité de cet ouvrage et en confia la lecture à son ami Vincent Guyot, organiste et compositeur de musique sacrée.

Enthousiasmé, Vincent Guyot se mit au travail et, en quelques mois, composa la musique de cet Opéra.

La production d'une œuvre d'une telle ampleur exigeant nécessairement des moyens appropriés, sa réalisation sans subventions, sans mécennat privé ou d'État apparut utopique. Les auteurs décidèrent donc de la présenter au public, dans un premier temps, sous forme d'Oratorio.

Une fois le programme lancé, les équipes choisies, les dates fixées... il fallait trouver les moyens pour sa réalisation car la production d'un oratorio d'une telle ampleur exige tout de même d'importants moyens financiers.

Aussi, ne doutant de rien, avec une foi merveilleuse et des amis enthousiastes, l'oratorio Laïssa la terre tremble fut produit en la Basilique Sainte Clotilde les 12 - 13 - 14 - 15 septembre 2006 à Paris et chacun de nous put participer à son financement, selon ses moyens.

Cliquer en bas de page sur le lien : Laïssa la terre tremble.

La réussite fut totale.

Poétique et Parole

Voici un texte que Jacqueline Frédéric Frié publia il y a quelques années :

Le chrétien écoute. Il écoute le Verbe. Incarné. Il essaie d'avoir des oreilles pour entendre. L'entendre, Lui, Christ, que tout un peuple a vu, aux temps accomplis, "plein de grâce et de vérité" - et qu'il reconnaît. Car sa mémoire l'oriente, mémoire commune, réserve de langage universel où Dieu dit - et "cela" est. Parole-Acte. Pur. Adéquation parfaite entre le dire et le faire. Comme une poétique, elle-même poésie, d'efficacité créatrice.

Et tout se passe comme si, de cette Parole, le mot en toute langue sous le soleil, au long des siècles entassés, n'était que dégénérescence, impuissance à honorer un mode d'exister qui est le propre de l'homme : haut, juste, clair et d'abondance, parler.

Beaucoup tentent la pleine parole, élevante, justifiante, vocable-vie de Vie. Même, certains la portent à si puissant degré d'expression qu'elle en reste auréolée de diffuse, confuse origine. ...

Et vient que l'Un qui s'adresse à chacun - dont il est dit "Jamais homme n'a parlé comme cet homme" - ouvre la bouche...

Il dit : "Lève-toi : Va :" Et le paralytique va. ...

Dit : "Vois :" Et l'aveugle voit. ...

Dit : "Ephphatha :" Et le sourd entend. ...

Car il parle humble araméen d'une voix dont le timbre, oublié, ne peut plus convaincre, sauf à vouloir, en tout lieu d'éveil, recevoir la force de l'Esprit.

Mystère d'une Parole qui féconde le mot et frappe l'oreille inerte jusqu'au-delà des pierres du sépulcre : "Lazare... sors :" Le Phonème-Loi Se soumet les lois. De vie et de mort. Qui Le perçoit s'éblouit de Sa forme simple, celle-là même de la vérité quand l'apparent dévoile le réel. Ainsi, de sentences strictes en paraboles, de correspondances en transferts de sens, par signes sensibles jusqu'à l'Image majuscule - "qui me voit, voit le Père" - circule l'écho des annonces de joie :

"Heureux les pauvres en esprit, le Royaume des Cieux est à eux :"
"Heureux les affligés, ils seront consolés :"
"Heureux les affamés, les assoiffés de justice, ils seront rassasiés :"...
"Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu :"...

De la montagne, sur toute chair à vivifier, le Poème descend. Transmis, traduit, tronqué, il modifie. Il appelle à changer de regard. Et le sous-tend une poétique moins du mot que du geste. Elle précise l'effort :

"Ce n'est pas celui qui dit Seigneur, Seigneur, qui entrera dans le Royaume des Cieux, mais celui qui fait la volonté de mon Père..."

Car, sous la suite évangélique d'invites, maximes et symboles, transparaît la même exigence de vie qui est exigence d'être. En perspective d'absolu :

"Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait."

Ici, face à l'impossible, l'auditeur-lecteur, sur vingt siècles, interroge l'Identifié à la Parole, l'Exemplaire, seul qui puisse poser la question sans réponse :

«Qui, d'entre vous, me convaincra de péché ?»

Et quand, à lui, obscur, est dit : « Je suis la lumière du monde » et : « ... Avant qu'Abraham fût, Je Suis », il comprend - parce que depuis nombre de millénaires il a commerce avec le mot - qu'il lui faut en franchir les frontières. Que pénétrer le sens obvie découvre des marges inconnues, celles-là même de sa propre, vertigineuse, ignorance. Qu'accéder au silence, où l'étonnement devient Grâce et le mot, Message, lui permet de vivre, mourir

...et savoir
que
s'
ouvre nouvelle
hauteur
de
joie
quand
le
Silence
insiste.

 


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