LE PONT MIRABEAU
Sous le pont Mirabeau coule la
Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après
la peine
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
Les mains dans les mains restons
face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards
l'onde si lasse
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
L'amour s'en va comme cette
eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance
est violente
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
Passent les jours et passent
les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule
la Seine
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
( Alcools)
LA JOLIE ROUSSE
Me voici devant vous un homme plein
de sens
Connaissant la vie et de la mort
ce qu'un vivant peut connaître
Ayant éprouvé les
douleurs et les joies de l'amour
Ayant su quelquefois imposer ses
idées
Connaissant plusieurs langages
Ayant pas mal voyagé
Ayant vu la guerre dans l'Artillerie
et l'Infanterie
Blessé à la tête
trépané sous le chloroforme
Ayant perdu ses meilleurs amis dans
l'effroyable lutte
Je sais d'ancien et de nouveau autant
qu'un homme seul pourrait des deux savoir
Et sans m'inquiéter aujourd'hui
de cette guerre
Entre nous et pour mes amis
Je juge cette longue querelle de
la tradition et de l'invention
De l'Ordre et de l'Aventure
Nous ne sommes pas vos ennemis
Nous voulons vous donner de vastes
et d'étranges domaines
Où le mystère en
fleurs s'offre à qui veut le cueillir
Il y a là des feux nouveaux
des couleurs jamais vues
Mille phantasmes impondérables
Auxquels il faut donner de la
réalité
Nous voulons explorer la bonté
contrée énorme où tout se tait
Il y a aussi le temps qu'on peut
chasser ou faire revenir
Pitié pour nous qui combattons
toujours aux frontières
De l'illimité et de l'avenir
Pitié pour nos erreurs
pitié pour nos péchés.
Voici que vient l'été
la saison violente
Et ma jeunesse est morte ainsi
que le printemps
O Soleil c'est le temps de la
Raison ardente
Et j'attends
Pour la suivre toujours la forme
noble et douce
Qu'elle prend afin que je l'aime
seulement
Elle vient et m'attire ainsi qu'un
fer l'aimant
Elle a l'aspect charmant
D'une adorable rousse
Ses cheveux sont d'or on dirait
Un bel éclair qui durerait
Ou ces flammes qui se pavanent
Dans les roses-thé qui
se fanent
Mais riez riez de moi
Hommes de partout surtout gens
d'ici
Car il y a tant de choses que
je n'ose vous dire
Tant de choses que vous ne me
laisseriez pas dire
Ayez pitié de moi