|
astronome, mathématicien, poète (1047-1122) |
|---|
Omar-ibn-Ibrahim Chiyat-ed-din-Abbou-l'Fattah,
mathématicien, astronome, philosophe et poète persan,
naquit dans le Khorassan près de Nichâpur, vers 1047
et y mourut vers 1122.
Il adopta très tôt le surnom de Khayyâm (qui signifie fabricant de tentes) en mémoire de son père Ibrahim, artisan spécialisé dans la confection de ces objets. La tradition prétend qu'à l'école de la ville, Khayyâm eut pour condisciples Abou-Ali-Hassan et Hasan ibn Al-Sabbah. A la fin de leurs études, les trois amis auraient fait le pacte suivant:
«Celui d'entre nous à qui les faveurs de la destinée offriront le pouvoir et la richesse, partagera sa fortune avec les deux autres. »
Abou-Ali-Hassan, devenu grand vizir sous le nom de Nizam-al-Mulk, la "lumière du royaume", s'acquitta loyalement de sa promesse et aida ses camarades. Il proposa une rente à Khayyâm afin de lui permettre de se livrer sans soucis à ses recherches, mais le future poète la refusa. Hasan ibn Al-Sabbah se vit offrir une importante charge administrative qu'il trouva trop subalterne à son goût. Après bien des aventures, Hasan devint le chef de la secte des Ismaéliens.
Surnommé le "Vieux de la Montagne", il dirigea d'une main de fer, depuis la forteresse d'Alamont, la redoutable confrérie des Assassins (déformation franque d'hashishins, fumeurs de hashish), alliée aux Templiers.
Quant à Omar Khayyâm, on le retrouve à Samarcande, vers 1070, enseignant les mathématiques. Un peu plus tard, acceptant un généreux coup de pouce d'Abou Ali, le voilà nommé à la tête de l'observatoire de Merv à Ispahan. Il occupera ce poste jusqu'à la mort du sultan Malik Shah (1055-1092) qui le chargea de réformer l'ancien calendrier persan.
On lui doit un traité de mathématiques sur les équations cubiques comprenant une classification des équations et ses fameuses tables astronomiques. Khayyâm s'est également intéressé à la géométrie, notamment aux "parallèles", démontrant au passage les théorèmes d'Euclide.
En marge de ses travaux scientifiques, il fut le maître du "roubaïat", quatrain persan populaire d'origine très ancienne, dont il réhabilita l'usage.
Il cisela ainsi une centaine de ces petits poèmes formés de deux vers à deux hémistiches.
Sous une forme parfaite, ils expriment la nostalgie du poète devant la brièveté de la vie, chantent la rose, le vin et les femmes, évoquent avec une aimable ironie son scepticisme devant la science des hommes, les croyances religieuses à la survie et à l'immortalité.
Amoureux de l'Orient et de ses poètes, Franz Toussaint adapta pour notre plaisir, dans une langue simple et harmonieuse, quelques oeuvres immortelles.
Rares étaient les lettrés qui s'étaient aventurés avant lui dans cette voie pleine d'embûches.
Il y eut bien, vers 1850, une adaptation anglaise des Roubaïat par le poète Edward Fitzgerald, trop littérale et un peu ennuyeuse. Depuis, les tentatives ont été innombrables, presque toutes médiocres ou franchement ratées.
Puis vint Franz Toussaint. Le succès de son interprétation libre des quatrains de Khayyâm fut considérable. Mais, toute gloire, tout succès, même les plus mérités, attirent la horde des chacals, des mesquins, des jaloux, des médiocres.
Très vite, des voix irritées, parfois franchement haineuses, s'élevèrent parmi les universitaires sans talent, les poètes sans génie, criant au scandale, prétendant que les Roubaïat offerts au public français par les éditions Piazza étaient une trahison, un attentat à la Poésie.
Je souhaite à l'uvre de tout poète de trouver un adaptateur de la qualité de Franz Toussaint.
La Fontaine magnifia Esope, Baudelaire fut la chance d'Edgar Poe. Blake bénéficia de la complicité d'André Gide. Les Haï-Ku furent divinement "trahis" par Claudel. Gérard de Nerval transposa en vers inoubliables le Faust de Goethe.
Khayyâm, lui, a vu son uvre sublimée grâce à la libre interprétation de Franz Toussaint.
Alors, que nous importe! De deux choses l'une: soit Khayyâm est une légende, son uvre un mythe et Franz Toussaint un pur génie, soit, comme le suggérait en 1949 le Persan Saddeg Heddayat, immortel auteur de La Chouette aveugle : Omar Khayyâm est Dieu et Toussaint son prophète !
En 1975, Yves-Gérard Le Dantec publia aux éditions Falaize une traduction fidèle de l'adaptation anglaise de Fitzgerald. Fidèle, sans doute, mais sans cette beauté, cette nostalgie, ces couleurs, ces parfums et ces saveurs d'Orient que l'on trouve chez l'abominable et admirable Franz Toussaint.
Fais en sorte que
ton prochain
n'ait pas à souffrir de ta sagesse.
Domine-toi toujours.
Ne t'abandonne jamais à la colère.
Si tu veux t'acheminer vers la paix définitive,
souris au Destin qui te frappe,
et ne frappe personne.
Adaptation du persan par Franz Toussaint
Editions d'Art Henri Piazza
- Paris 1924
|
Dernière mise à jour 20 janvier 2006