À l'heure où l'Europe se voit proposer en guise d'unité une uniformisation technocratique reniant toute racine chrétienne, on aurait tort de passer sous silence l'influence de Luther dans les grands débats d'idées qui ont secoué notre continent depuis la fin du Moyen Âge.
Luther se pose nettement en réaction contre l'ordre que le Moyen Âge appelait la Chrétienté, qui n'était pas seulement une société où la vie était rythmée par les heures de prière et les fêtes religieuses, mais également une société soumise à l'ordre naturel que l'on savait établi par Dieu le Créateur. Tout était hiérarchisé et concourait à empêcher l'individu de se prendre pour le centre du monde. Des failles apparaissent bien sûr dans ce bel ordre, des volontés de puissance féodales ou royales s'entre-déchiraient trop souvent, mais le principe chrétien incarné par l'Église s'imposait à tous et les couronnes chrétiennes étaient comme fédérées sous la tiare.
Dès le XIVe siècle, des théologiens se mirent à penser que l'homme était à l'étroit dans cet ordre de choses et tentèrent de fonder le droit sur la libre volonté des individus, chacun étant directement relié à Dieu. De grands désordres religieux, intellectuels, économiques et politiques s'ensuivirent dans le déchaînement des hégémonismes provoqués par la guerre de Cent Ans. Cette impatience à se dégager de l'autorité, de la hiérarchie, de la tradition se manifesta particulièrement pendant la Renaissance et c'est dans ce contexte qu'apparut Luther, moine augustin de Wittenberg.
La séparation de l'homme et de Dieu jusque dans le sein de la religion est assurément le grand "exploit" de Luther. Nul encore n'avait osé émanciper à ce point la raison humaine. Les grandes questions soulevées par lui (la grâce, les uvres, la liturgie, la confession...) ne se comprennent que reliées à cette volonté de changer l'Église dans son essence. Cette proclamation de la souveraineté de la raison individuelle eut évidemment des répercussions politiques.
Jacques Maritain, qui n'était pas tendre avec Luther, a écrit que Luther est à la source du volontarisme moderne.
"Ayant rompu avec la traditionnelle chrétienté, Luther allait changer pour longtemps les données de la vie publique".
Michel Fromentoux>L'Auteur
Jacques-Henri Auclair, Aimé Richardt, Monique Raimond, S.A.R. le Prince Charles-Philippe d'Orléans et Pierre Cardin
(Soirée Grand Siècle à la Résidence Maxim's 2001)Aimé Richardt, historien, est l'auteur de plusieurs ouvrages sur des grandes figures de l'Église : Bossuet, Bourdaloue, Massillon, Saint Robert Bellarmin, parmi lesquels un "Fénelon" qui a reçu un grand prix d'Histoire de l'Académie française.
Par ailleurs ses ouvrages sur le XVIIe siècle nous apportent un nouvel éclairage sur Colbert et le Colbertisme, Louvois le bras armé de Louis XIV, Le Soleil du Grand Siècle, Les Savants du Roi-Soleil, Les médecins du Grand Siècle, Louis XV le mal-aimé.
Quant à La vérité sur l'affaire Galilée, Aimé Richardt nous dévoile cette singulière affaire sous un autre angle et une autre lumière.
Martin Luther Avant de consacrer son temps et son talent à la rédaction de ces ouvrages bien documentés et écrits d'une plume alerte, Aimé Richardt, né en 1934 à Remiremont dans les Vosges, fut un homme d'affaires avisé, qui s'illustra dans l'Import-Export de produits sensibles, jouant à cache-cache avec les services spéciaux, titillant les lois en virtuose du Droit, devenant un Robin des Bois de la Guerre froide. Sa vie en elle-même est un magnifique roman d'aventures qu'il écrira sans doute un jour pour notre bonheur.
J'avoue que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire la vie picaresque et tonitruante de Luther telle que nous la présente Aimé Richardt. Un véritable régal !
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