Aimé Richardt

LA VÉRITÉ SUR L'AFFAIRE GALILÉE


livre

Depuis le XIXe siècle, la cause était entendue: l'Église catholique avait condamné, emprisonné et martyrisé Galilée, un astronome génial, qui avait démontré que la Terre tournait autour du Soleil, ce que l'Église refusait d'admettre.

Or la réalité est tout autre! Non seulement Galilée n'a jamais passé un jour en prison, n'a jamais été martyrisé, mais Aimé Richardt démontre, en s'appuyant sur des documents irréfutables, que Galilée n'a jamais prouvé la rotation de la Terre autour du Soleil, et que l'Église était fondée à le condamner. En effet, les plus hautes autorités religieuses lui avaient demandé, en 1616, d'apporter une preuve à sa théorie, qui était d'ailleurs celle de Copernic, ou de parler d'hypothèse et, surtout, de ne pas intervenir dans l'explication des textes de la Bible qui paraissaient soutenir la thèse opposée du géocentrisme.

Après l'avoir promis, Galilée est revenu sur sa parole, il a donc été jugé et condamné, avec une mansuétude toute particulière, réclamée par le pape qui était son ami. On est bien loin de l'image d'Épinal du martyr en proie à la persécution de l'Église...

L'auteur, Aimé Richardt, a reçu un Grand prix d'histoire de l'Académie française pour son Fénelon, et le prix Hugues Capet 2000 pour Le Soleil du Grand Siècle, Louis XlV.

Aimé Richardt, n'est pas un agrégé d'histoire ni un «historien professionnel». C'est un entrepreneur cultivé, un homme d'affaires lettré qui s'est intéresé à l'Histoire depuis sa jeunesse. C'est en fouillant, en furetant, en passant ses lectures au crible, qu'il s'est aperçu que les Maîtres de cette discipline se sont souvent fourvoyés, allègrement étripés, voire excommuniés dans leurs savants ouvrages.

La raison profonde de ces chamailleries et de ces erreurs est à attribuer aux partis pris, à l'idéologie de ces écrivains de métier appartenant à des "Écoles". En homme libre, indépendant, Aimé Richardt ne fait pas coller son ouvrage à des idées préconçues, mais écrit loyalement ce que ses recherches lui ont appris.

Il a reçu un Grand prix d'histoire de l'Académie françaisepour son Fénelon, et le Prix Hugues Capet 2000 pour Le Soleil du Grand Siècle, Louis XlV.

galilee


La Vérité sur l'Affaire Galilée
Extrait de l'ouvrage :
Chapitre 19


Galilée vu par Arthur Koestler. Une évaluation de son œuvre d'astronome. Sa «récupération» par les libres-penseurs des XVIIIe et XIXe siècles, puis par les marxistes contemporains. Quelques réflexions sur la position de l'Église. L'affaire contemporaine du créationnisme

Pour Koestler(1) « ... dans la mythographie rationaliste il [Galilée] devient la Pucelle d'Orléans de la Science, le saint Georges qui terrasse le dragon de l'Inquisition. Il n'est donc guère surprenant que la gloire de cet homme de génie repose surtout sur des découvertes qu'il n'a jamais faites, et sur des exploits qu'il n'a jamais accomplis. Contrairement aux affirmations de nombreux manuels, même récents, d'histoire des sciences, Galilée n'a pas inventé le télescope. Ni le microscope. Ni le thermomètre. Ni l'horloge à balancier. Il n'a pas découvert la loi d'inertie, ni le parallélogramme de forces ou de mouvement, ni les taches du Soleil. Il n'a apporté aucune contribution à l'astronomie théorique, il n'a pas laissé tomber de poids du haut de la Tour de Pise, et il n'a pas démontré la vérité du système de Copernic. Il n'a pas été torturé par l'Inquisition, il n'a point langui dans ses cachots, il n'a pas dit eppur si muove(2), il n'a pas été un martyr de la Science.(3) »

Jugement sévère, trop sévère diront certains, mais qui est cependant exact, et répond à nombre de propos fantaisistes des défenseurs de Galilée. C'est ainsi que Bernini écrivait dans son Histoire des Hérésies «qu'il [Galilée] resta cinq ans en prison, que Pontécoulant affirmait qu' « il soutint la rotation de la terre dans les prisons de l'Inquisition », où il n'entra jamais !

En 1908 Pierre Duhem(4) fit, au sujet du système de Copernic et de la position de Galilée à son sujet, une déclaration qui mérite d'être citée :

« ... [les plus récents progrès de la physique montrent que] la logique était du parti d'Osiander, de Bellarmin et d'Urbain VIlI, et non pas du parti de Kepler et de Galilée, que ceux-là avaient compris l'exacte portée de la méthode expérimentale et, qu'à cet égard, ceux-ci [Kepler et Galilée] s'étaient mépris... Que les hypothèses de Copernic réussissent à sauver toutes les apparences connues, on en conclura que ces hypothèses peuvent être vraies, on n'en conclura pas qu'elles sont certainement vraies; pour légitimer cette conclusion, il faudrait prouver auparavant qu'aucun autre ensemble d'hypothèses ne saurait être imaginé qui permet de sauver tout aussi bien les apparences, et cette dernière démonstration n'a jamais été donnée... [par Galilée]... »(5)

Alexandre Koyré, ce remarquable historien des sciences, ne réserve aucune place à Galilée dans son étude, devenue classique, La Révolution astronomique(6). Elle est divisée en trois parties :

- Copernic et le bouleversement cosmique.

- Kepler et l'astronomie nouvelle.

- Borelli(7) et la mécanique céleste. De son côté le professeur Stillman Drake a écrit: «L'intérêt de Galilée pour l'astronomie théorique en tant que telle ne fut jamais très grand. Même son combat pour le copernicanisme fut mené principalement sur le terrain de la physique. Il le centra autour de la théorie mécanique des marées et de la réfutation de quelques objections physiques extravagantes soulevées contre tout mouvement de la Terre. Dans la mesure où il s'agit du Dialogue, la théorie copernicienne est présentée sous une forme simplifiée jusqu'à l'absurde, avec le Soleil qui occupe exactement le centre d'orbites circulaires concentriques, schéma que Copernic en personne avait reconnu être insoutenable et qui ne pouvait s'accorder avec aucune des tables astronomiques qui aient jamais été réalisées(8).»

Alors se pose la question: pourquoi Galilée est-il devenu, à partir du XVIIIe siècle, le « patriarche» de la Science, opposé à l'obscurantisme des Églises en général, et de l'Église catholique en particulier ?

copernic

Copernic

Le rôle des libres-penseurs

Dès 1754 le tome IV de l'Encyclopédie(9) contenait dans l'article «Copernic» un passage consacré à Galilée :

«Le grand Galilée fut autrefois cité devant l'inquisition, et son opinion du mouvement de la Terre condamnée comme hérétique... Galilée, nonobstant cette censure(l0), ayant continué de dogmatiser sur le mouvement de la Terre, fut condamné de nouveau (11), obligé de se rétracter publiquement et d'abjurer sa prétendue erreur, de bouche et par écrit, ce qu'il fit le 22 juin 1633, et ayant promis à genoux, la main sur les évangiles, qu'il ne dirait et ne ferait jamais rien de contraire à cette ordonnance, il fut ramené dans les prisons de l'inquisition... »

Voici donc une première salve où, en quelques lignes, Galilée est présenté comme un martyr [les prisons de l'inquisition] et dans lesquelles Diderot et consorts négligent de mentionner qu'il n'avait apporté aucune preuve des mouvements de la Terre, se cramponnant à sa théorie (fausse) du flux et du reflux des marées(12).

Arago(13) , le grand astronome français, n'hésite pas à affirmer que «quelques heures auraient pu suffire à toutes les observations que fit Galilée dans les années 1610 et 1611.»(14)

«Il est incontestable, écrit Pierre Costabel(15) que le fondateur de la philosophie positive, Auguste Comte(16), a joué à cet égard un rôle majeur, et que l'image de Galilée, savant positif(17) victime du dogmatisme, doit considérablement à tout le courant philosophique issu, en France, de ce maître à penser aux allures de prophète. L'image susdite a servi de symbole pour l'anticléricalisme qui a présidé aux réformes scolaires de la IIIe République... ... dans la deuxième moitié du XIXe siècle, il y a à la fois consensus quasi universel sur la vérité du mouvement de la Terre et l'injustice de la condamnation de Galilée... » «Galilée hier» c'est donc une image d'Épinal qui alimente aussi bien l'agressivité anticléricale que le malaise d'une grande partie des catholiques... en est-il autrement aujourd'hui? »(18) (19)


La récupération marxiste

La récupération de Galilée par les milieux marxistes est utilisée comme justification de la lutte antichrétienne. C'est ainsi que l'Encyclopédie Philosophique (Moscou, 1960) affirme que «Galilée a eu une profonde influence sur le développement de la représentation purement matérialiste du monde.»

Selon l'auteur de l'article, il aurait «démontré l'infinitude de l'Univers et interprété les phénomènes de la nature comme matérialiste mécaniste.» Pour faire bonne mesure, l'auteur conclut en affirmant que Galilée «n'aurait jamais accepté l'idée de la création du Soleil et des planètes par Dieu, sinon comme condition mécaniste initiale.»

Kouznetsov, l'auteur russe de Galilée(20) n'hésite pas à en faire un précurseur de la philosophie marxiste:

«Dans sa conception du monde et son style, tout grand penseur reflète son époque et son milieu. Mais il reflète aussi le passé et le futur, ainsi que les autres milieux sociaux et nationaux dans lesquels ses idées se formèrent, résonnèrent, ou subirent une évolution. L'histoire de la nature prouve... le lien indissoluble entre les idées et les modes de pensée particuliers aux diverses nations, unies dans le progrès scientifique et culturel communs.»

Puis, après cet exposé généraliste, Kouznetsov enfonce le clou :

«les savants exceptionnels [au nombre desquels il range Galilée) nous semblent seulement des hommes qui ont su exprimer la logique historique objective de l'évolution unidirectionnelle [lire marxiste léniniste) de la science...»

Longue-vue

Télescope

Quelques réflexions sur la position de l'Église

Dans un article publié en 1790(21) l'abbé Bergier écrit: «Ce philosophe [Galilée) ne fut point persécuté comme bon astronome, mais comme un mauvais théologien, pour avoir voulu se mêler d'expliquer la Bible. Ses découvertes lui suscitèrent sans doute des ennemis jaloux, mais c'est son entêtement à vouloir concilier la Bible avec Copernic qui lui donna des juges, et sa pétulance seule fut la cause de ses chagrins.»

Propos calme, lucide, et qui nous parait bien fondé. Appliquons-nous à une démonstration en reprenant le parcours de Galilée et les causes de ses différends avec l'Église.

Né dans une famille peu titrée et encore moins fortunée, Galilée fut doté par la nature de deux talents: un don pour les mathématiques, et une grande facilité à se faire des amis pouvant lui rendre des services. Il usera de l'un et l'autre de ces talents pour décrocher son premier poste, celui de professeur de mathématiques à l'Université de Pise, qu'il obtint(22) d'une part grâce à ses travaux sur les centres de gravités des solides, d'autre part, et surtout, grâce à l'intervention du mathématicien jésuite Clavius et du cardinal del Monte.

Peu apprécié des autres professeurs, son contrat ne fut pas renouvelé et Galilée recommença la chasse aux soutiens. Grâce au cardinal deI Monte et au Frère Paolo Sarpi(23), il fut nommé professeur de mathématiques à l'Université de Pise(24).

En 1597 il commence à s'intéresser à l'astronomie et aux théories de Copernic, son intérêt va croissant. La chance de sa vie se produit en juillet 1609 où, grâce au Frère Sarpi, il put empêcher un Hollandais porteur d'une «longue-vue» de la présenter aux autorités de Venise, puis la copier et l'améliorer en un peu plus d'une semaine, et enfin la présenter au Sénat de Venise comme étant son invention, ce qui lui valut honneurs et récompenses financières.

La fin de 1609 et le début de 1610 voient Galilée utiliser son «télescope» pour examiner les cieux. Il est le premier astronome italien à le faire et les observations s'accumulent: étude de la surface de la Lune qui, démontre-t-il, est recouverte de montagnes, et surtout, en janvier 1610, découverte de quatre satellites de Jupiter qu'il nomme les «planètes médicéennes» en hommage à la famille du grand duc de Toscane, démontrant qu'il est aussi bon courtisan qu'astronome. Il devient Mathématicien en chef de l'Université de Pise, et rassemble ses observations dans un petit livre: Le Messager étoilé(25) qui fait sensation.


La Gloire

En 1611 il se rend à Rome où il est accueilli à bras ouverts par Clavius et les astronomes jésuites du Collège Romain. Il rencontre le cardinal Barberini (le futur pape Urbain VIII) dont il se fait un ami. Tout lui sourit, le prince Cesi le fait recevoir membre de l'Académie des Lynx. C'est la Gloire.

Une première ombre apparaît: il se querelle avec le P. Scheiner, astronome jésuite réputé, au sujet de la découverte des taches du Soleil dont il prétend (à tort) être l'auteur.

En 1613 il défend, pour la première fois, la théorie de Copernic par écrit. En décembre 1613, dans sa lettre à Castelli, il met en doute l'interprétation que fait l'Église de certains passages des Écritures, commençant ainsi à mécontenter plusieurs théologiens, surtout dominicains. En effet, le concile de Trente a réservé à l'Église, et à elle seule, le droit d'interprétation de la Bible, voulant éviter ce qui se passait chez les protestants où des interprétations diverses donnaient lieu à de vives querelles entre factions.

En 1614 il est attaqué en chaire par un dominicain, le P. Caccini qui l'accuse d'hérésie. Cette accusation est reprise, en 1615, par le P. Lorini, un autre dominicain, qui le dénonce officiellement à l'Inquisition romaine.

Toujours en 1615 le cardinal Bellarmin écrit au P. Foscarini, un Carme, une lettre pleine de sagesse :

bellarmin

Cardinal Bellarmin

«Il me semble que Votre Révérence et le Seigneur Galilée agiront prudemment en se contentant de parler par hypothèse et non pas absolument, car c'est ainsi que j'ai toujours compris que Copernic a parlé.»

A la mi-1615 Galilée reprend et développe les arguments qu'il avait exposés dans la lettre à Castelli, dans une lettre ouverte adressée à Christine de Lorraine. Il y parle de preuves qu'il apporte à la théorie de Copernic, ce qui est faux, mais il s'affirme surtout en défenseur de cette théorie et explique comment, selon lui, l'Église devrait interpréter les Écritures. Cette lettre est dénoncée avec vigueur par les dominicains.

En février 1616 une commission de théologiens du Saint Office condamne deux propositions affirmant l'immobilité du Soleil et le mouvement de la Terre. A la demande du pape Paul V, le cardinal Bellarmin convoque Galilée et lui intime l'ordre d'abandonner sa position de défenseur des thèses de Copernic, lui disant de travailler en savant, par hypothèses, et non d'affirmer sans preuves. Galilée donne son accord et promet obéissance.

En 1618 il se brouille avec les astronomes jésuites du Collège Romain au sujet des comètes, les jésuites soutenant, avec raison, qu'il s'agit de corps solides, et Galilée soutenant, à tort, qu'il s'agit de phénomènes atmosphériques. Il publie le Saggiattore(26) dans lequel il se moque cruellement du P. Grassi. Un autre jésuite, le P. Grienberger écrit à ce propos: «Si Galilée ne s'était pas mis la Compagnie à dos, il aurait pu continuer librement à écrire sur le mouvement de la Terre jusqu'à la fin de ses jours...»

Urbain VIII

Urbain VIII

Le 6 août 1623 le cardinal Maffeo Barberini, l'ami de Galilée, est élu pape sous le nom d'Urbain VIII. L'orgueil de Galilée ne connaît plus de bornes, il revient à Rome où le pape le reçoit plusieurs fois. Galilée se sentant «tout illuminé des faveurs pontificales» décide alors de se consacrer à une grande apologie de Copernic. Il va y travailler dix ans, et la termine en 1630. Après avoir obtenu l'imprimatur en dissimulant sa promesse de 1616, il publie le Dialogue sur les Grands Systèmes du Monde en 1631. Sans que l'on puisse s'expliquer pourquoi il met certains des propos d'Urbain VIII dans la bouche d'un benêt, Simplicio, ce qui fait enrager le pape. A la demande de celui-ci une commission de trois théologiens examine le Dialogue, le condamne, et renvoie Galilée devant le tribunal de l'Inquisition. Le procès commence en février 1633

Tribunal


Procès de Galilée

Galilée est alors traité avec une mansuétude extraordinaire: il loge, pendant le procès, tantôt à l'ambassade de Florence, tantôt dans l'appartement du procureur du tribunal. Mis en difficulté par ses mensonges, il reconnaît ses erreurs, en particulier celle d'avoir enfreint l'interdiction de 1616, abjure, et est condamné à de la prison. Cette peine est immédiatement commuée en une assignation à résidence dans sa villa d'Arceti, près de Florence, où il reçoit librement amis et élèves. Il meurt le 8 janvier 1642.

Alors Galilée maltraité par l'Église? Martyr? Certainement pas. A une époque particulièrement rude(27) il a toujours été traité avec courtoisie et bienveillance. Que n'a-t-il suivi le conseil éclairé et paternel de Bellarmin:

parlez par hypothèse, ne demandez pas à l'Église de réinterpréter certains passages des Écritures tant que vous n'apportez pas la preuve de la théorie de Copernic. Si vous apportez cette preuve, alors bien sûr, nous verrons à modifier l'interprétation que nous faisons de ces passages, mais nous ne pouvons pas le faire sans ces preuves que vous n'apportez pas.

Pourquoi Galilée s'est-il fourré dans ce guêpier, dont il aurait pu sortir en bien plus mauvais état qu'il ne l'a fait? On ne comprend pas! Quoi, voilà un homme parti de rien, qui grâce à son intelligence, à ses amis, à une bonne part de chance, se hisse au rang de savant célèbre, familier de nobles fortunés, de prélats influents, d'un pape, et qui, malgré les mises en garde s'obstine à vouloir jouer au théologien, terrain particulièrement dangereux dans la Rome du XVIIe siècle. Or il n'avait rien à y gagner, sa réputation était faite. Alors ?

Selon nous la réponse est l'orgueil démesuré, quasi luciférien, de Galilée, ce défaut majeur que les Grecs anciens appelaient hubris, et dont ils disaient que c'était une révolte contre les dieux ou les hommes, et que ceux qui en étaient affligés étaient menacés de destruction(28).

Aristote le définit de la manière suivante: «Hubris est une revanche, les hommes qui y trouvent un plaisir pensent qu'en en maltraitant d'autres(29) ils affirment leur supériorité».

Que dire en conclusion de la position de l'Église dans l'affaire Galilée. lui a reproché :

d'affirmer la réalité des théories de Copernic sans en apporter la preuve,

de se baser sur des hypothèses non prouvées pour demander une réinterprétation des Écritures qui n'avait pas lieu d'être,

- de ne pas avoir respecté sa promesse de 1616 de ne plus défendre les théories de Copernic, enfin de mentir à ses juges en 1633 en prétendant que le Dialogue n'était pas une défense des théories de Copernic, ce qui était faux.

- Toutes ces accusations sont fondées et prouvées. Donc l'Église avait raison de condamner Galilée en 1633, en se basant sur les connaissances scientifiques de l'époque, et surtout sur le comportement, proprement insensé, de l'accusé.


L'affaire contemporaine du créationnisme

Il est de bon ton de reprocher à l'Église catholique du début du XVIIe siècle d'avoir demandé aux partisans des thèses de Copernic une preuve vérifiable de ces thèses, et de ne pas avoir cru Galilée sur parole, alors qu'il n'a jamais apporté le «début du commencement» d'une telle preuve... Or voici que de nos jours une situation exactement inverse existe.

Certains membres d'Églises américaines mettent en avant leur refus de la théorie darwinienne de l'évolution et leur affirmation du créationnisme ; les tenants de la Science officielle leur demandent alors d'apporter des preuves de la réalité de cette thèse, n'hésitant pas à les tourner en ridicule, et à les affubler de qualificatifs tels que rétrogrades, attardés, quand ce n'est pas imbéciles et autres noms d'oiseaux... Qu'est-ce donc que cette théorie du créationnisme qui soulève tant de passions ?


Le créationnisme

Le créationnisme est une théorie, essentiellement religieuse, sur l'origine de l'univers qui exige une croyance dans un Créateur surnaturel. Cette théorie affirme que : - Le récit de l'origine de l'univers et de l'apparition de la vie sur terre, tel qu'il est raconté dans la Genèse, doit être pris littéralement.
- La Genèse est incompatible avec la théorie de Darwin, c'est-à-dire l'évolutionnisme.

Ainsi donc les créationnistes affirment que le récit de la création de l'univers, tel qu'il est présenté dans la Genèse est exact en ce qui concerne les six jours de la création(30), Adam et Úve, le déluge, etc. Ils soutiennent que la Bible est un texte scientifique qui contredit l'évolution(31), qu'ils considèrent n'être qu'une théorie fausse.

creationnisme

En 1925 un professeur de sciences naturelles du Tennessee (un État des États-Unis) fut accusé par une association de parents d'élèves d'apprendre «illégalement à ses élèves que les hommes descendent d'un organisme unicellulaire et, comble de l'horreur, sont parents du singe »(32). Bien que John Scopes ait été condamné à payer une amende de cent dollars, l'affaire fit grand bruit dans le pays, et conduisit à séparer la religion des cours de sciences, ce qui fut la fin du créationnisme comme théorie à caractère scientifique.


Le dessein intelligent

Le mouvement du dessein intelligent soutient lui que la vie, telle que nous la connaissons, n'a pas pu se développer grâce à des phénomènes naturels aléatoires, et que seule la guidance d'un pouvoir ou d'un être intelligent peut expliquer sa complexité et sa diversité, comme nous la connaissons de nos jours.

Pour les partisans de ce mouvement, le dessein intelligent est une théorie scientifique sérieuse qui mérite d'être présentée et enseignée au même titre que la théorie de l'évolution

La théorie du dessein intelligent est approuvée par de très nombreux Américains, dont le président Georges Bush qui a déclaré que «les deux écoles de pensée(33)» devaient être présentées et expliquées aux enfants.

Un procès a d'ailleurs opposé(34), dans la petite ville de Daver en Pennsylvanie, plusieurs parents d'élèves à la direction du collège local qui avait décidé que «la théorie de Darwin sur l'évolution n'étant qu'une théorie et non un fait scientifiquement prouvé... il importait de présenter aux étudiants une autre théorie...» c'est-à-dire celle du dessein intelligent.

Les débats ont fait rage entre les experts appelés à la rescousse par les deux parties. Les uns, les partisans du dessein intelligent soutenant que la vie humaine est trop complexe pour être uniquement le fruit de la sélection naturelle, et leurs adversaires les accusant d'utiliser «l'argument de l'ignorance» en invoquant un créateur surnaturel.

Nous nous garderons bien de prendre parti dans ce débat enflammé qui passionne une partie des Américains(35), mais nous observons un fait avec amusement.

Dans cette dispute âpre, ce sont les Églises qui demandent à ce qu'une théorie soit reconnue et enseignée, et ce sont les Savants, les tenants de la Science, qui le refusent au prétexte que les Églises n'apportent pas de preuves de leur théorie. Nous nous trouvons en présence d'une situation opposée à celle du procès de Galilée. Résumons: - Au début du XVIIe siècle l'Église demande à Galilée des preuves de la théorie de Copernic avant de permettre son enseignement et de modifier l'interprétation de certains passages des Écritures. - Au début du XXIe siècle, la Science officielle demande aux Églises des preuves du dessein intelligent avant de permettre son enseignement et la modification de l'interprétation de la théorie darwinienne de l'évolution... On peut trouver, dans la position des scientifiques contemporains une justification de celle des théologiens et des astronomes jésuites: prouvez d'abord, et nous aviserons ensuite...


Notes

(1) Arthur Koestler (1905-1983). Écrivain hongrois de langue anglaise, auteur (entre autres) du célèbre Le Zéro et l'Infini.
(2) Et pourtant elle tourne.
(3) Arthur Koestler, (Les Somnambules, Paris, 1960).
(4) (1861-1916), philosophe, physicien et historien des sciences.
(5) Essai sur la notion de théorie physique de Newton à Galilée (Annales de philosophie chrétienne), 1908.
(6) La Révolution astronomique, (Copernic, Kepler, Borelli), Paris, Hermann, 1961).
(7) Borelli (1608-1679). Il était membre de la célèbre Academia dei Cimento. Excellent, mathématicien et physicien.
(8) Stillman Darke (Galileo's Platonic Cosmogony and Kepler's Prodromus). Journal for the History of Astronomy, vol. 4,1973.
(9) Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, publié à Paris par Diderot et d'Alembert entre 1751 et 1772.
(10) L'auteur fait allusion au premier procès de 1616.
(11) En 1633 donc.
(12) Notons à ce sujet que l'Encyclopédia Universalis, vol.7, 1968, art. «Galilée», affirme: «la seule preuve qu'il proposait du mouvement de la Terre, à savoir le flux et le reflux des marées, ne valait absolument rien. »
(13) (1786-1853), physicien et astronome français. Directeur de l'Observatoire de Paris, il se rendit célèbre par ses cours d'astronomie.
(14) (uvres d'Arago, tome III
(15) Secrétaire perpétuel de l'Académie internationale d'Histoire des Sciences.
(16) (1798-1857), philosophe français à l'origine du positivisme, théorie qui voit dans la création d'une «physique sociale» (due aux sciences) l'accès de l'humanité au bonheur.
(17) Donc proche du positivisme.
(18) Pierre Costabel, article dans Galileo Galilei, ouvrage collectif (Desclée International, Tournai, 1983).
(19) Notons, à ce propos, qu'une enquête de 1981, effectuée à la demande du CNES (Centre National d'Études Spatiales) nous apprend qu'un tiers des Français sont certains que le Soleil tourne autour de la Terre.
(20) Traduction française de 1973.
(21) Dans l'article sciencesde l'Encyclopédie méthodique.
(22) En 1589.
(23) Qui, rappelons-le, jouait un rôle de premier plan dans le monde de la politique vénitienne.
(24) En 1592.
(25) Sidereus Nuncius.
(26) L'Essayeur.
(27) La Guerre de Trente ans (1618-1648), qui opposait catholiques et protestants, ensanglantait une partie de l'Europe, faisant des centaines de milliers de victimes de part et d'autre.
(28) Par la déesse grecque de la vengeance, (nemesis).
(29) Tels que le P. Grassi et Urbain VIII...
(30) Les «créationnistes scientifiques» (un groupe séparé) acceptent qu'un jour ait pu durer des milliers, voire des millions d'années. Ils rejettent toutefois la plupart des notions de la biologie moderne, en particulier celle de l'évolution.
(31) Et la théorie du Big Bang.
(32) Éric Leser.
(33) L'évolution et le dessein intelligent.
(34) En octobre 2005.
(35) Près de deux tiers d'entre eux sont favorables à l'enseignement de la théorie du dessein intelligent en plus de la théorie de l'évolution.


Ouvrages d'Aimé Richardt :

Bossuet, In Fine 1992
Erasme, Lethielleux - François-Xavier de Guibert
Fénelon, In Fine 1993
Bourdaloue, In Fine (Grand Prix d'Histoire de l'Académie française, 1994)
Colbert et le colbertisme, Tallandier,1997
Louvois, le bras armé de Louis XIV, Tallandier 1998
Le Soleil du Grand Siècle, Tallandier, 2000 (Prix Hughes Capet)
Massillon, In Fine, 2001
Le Jansénisme, François-Xavier de Guibert, 2002
La Régence, Tallandier, 2003. (Préface de Madame la Comtesse de Paris)
Les Savants du Roi-Soleil, François-Xavier de Guibert, 2003
Saint Robert Bellarmin, François-Xavier de Guibert, 2004
Les médecins du Grand Siècle, François-Xavier de Guibert, 2005
Louis XV, le mal-aimé, François-Xavier de Guibert, 2006
(Préface du prince Jean de France)
Luther - avec la collaboration de Jean-Gérard Théobald,
François-Xavier de Guibert, 2008
La Vérité sur l'Affaire Galilée François-Xavier de Guibert, 2007


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